La série "Laëtitia" parle "de la vie, pas d'un cadavre", racontent ses auteurs

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L'écrivain Ivan Jablonka, prix Médicis pour son ouvrage "Laëtitia", le 5 novembre 2016 à Brive
L'écrivain Ivan Jablonka, prix Médicis pour son ouvrage "Laëtitia", le 5 novembre 2016 à Brive
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© AFP, DIARMID COURREGES
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AFP, publié le samedi 14 septembre 2019 à 20h06

"Ce qui nous réunit, c'est la sobriété", lance l'écrivain Ivan Jablonka aux côtés du réalisateur Jean-Xavier de Lestrade, qui a adapté son enquête "Laëtitia ou la fin des hommes" pour France 3.

"J'ai voulu parler de la vie de Laëtitia. Pas du cadavre découpé en morceaux, mais de cette jeune femme qui a eu des peines, des joies, des petits copains; qui a traversé des épreuves mais qui a eu sa part de bonheur", souligne l'auteur et historien dans un entretien à l'AFP. 

"J'étais certain que Jean-Xavier respecterait l'esprit de mon livre et derrière, des êtres humains: un papa, une maman, une sœur, des oncles, des tantes", ajoute Ivan Jablonka, dont l'ouvrage, couronné du prix Médicis, avait abordé ce fait divers comme un objet d'histoire, social et sensible. 

Dans cette série en six épisodes, présentée au Festival de la fiction TV de La Rochelle, Jean-Xavier de Lestrade filme la vie de Laëtitia Perrais, placée très jeune avec sa soeur jumelle Jessica en foyer puis en famille d'accueil, et l'enquête qui a suivi son assassinat par un trentenaire à l'enfance cabossée, Tony Meilhon, près de Pornic en 2011.

Le réalisateur et documentariste avait déjà travaillé sur l'intime et sur la violence dans plusieurs films. Quand une productrice lui a proposé le projet, il a d'abord pensé "qu'il serait sage pour nous tous, membres de l'audiovisuel, de laisser ça de côté. Le livre a une telle force qu'on ne fera jamais bien". 

"Mais il fallait donner à cette histoire l'opportunité d'être vue et ressentie par un public plus large que celui des lecteurs du livre", explique le réalisateur. 

- Ne pas juger -

"Si on s'arrête à sa mort atroce, ça n'a aucun intérêt. Mais si on creuse (...) il y a un monde derrière, mis à nu, un monde de violence ordinaire, un monde qui affleure très peu. Au milieu il y a deux jeunes filles qui essaient de panser leurs plaies".

A l'été 2011, Jessica révèle les viols et attouchements répétés imposés par le père de sa famille d'accueil. Ce dernier, qui s'était arrogé à plusieurs reprises devant les médias le rôle de pourfendeur des délinquants sexuels, sera condamné à huit ans d'emprisonnement pour viols ou agressions sexuelles sur cinq jeunes victimes.

Pour "Laëtitia", Ivan Jablonka récuse le terme de "fait divers", et préfère parler de "l'itinéraire d'une jeune femme qui se termine de manière tragique, des rencontres bonnes ou mauvaises, un certain état de la société".

Pendant les trois mois de tournage, "la mort de Laëtitia nous arrivait tout le temps", raconte Jean-Xavier de Lestrade. "Il n'y a pas une seule journée où un membre de l'équipe n'a pas pleuré. Certains m'ont raconté des choses qui leur étaient arrivées, des histoires de violence".

Dans les deux œuvres, la scène de meurtre n'est pas montrée. "C'est inutile", explique le réalisateur. "Mais il y a des scènes violentes quand le père suspend son bébé au balcon, ou quand il viole la mère. Si on veut vraiment respecter Laëtitia, il faut raconter, montrer ces choses-là".

Pour faire rentrer le roman dans cinq heures de film, "il a fallu simplifier, avec toujours le souci de garder la complexité des personnages", souligne le réalisateur. "A aucun moment le livre ne se permet de juger qui que ce soit, à commencer par le criminel arrêté, Tony Meilhon. Il a commis un acte terrible mais si on puise dans son enfance, c'est les mêmes souffrances, les mêmes traumas".

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