La rabbin Delphine Horvilleur raconte la vie autrement pour que la mort n'ait pas "le dernier mot"

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Delphine Horvilleur pose pour l'AFP en juin 2019 lors d'un congrès à Troye
Delphine Horvilleur pose pour l'AFP en juin 2019 lors d'un congrès à Troye
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© AFP, BERTRAND GUAY

, publié le dimanche 07 mars 2021 à 09h11

Parler de la mort, conter des récits aux vivants, consoler: la rabbin Delphine Horvilleur explore dans son dernier livre, très personnel et certainement pas morbide, comment "vivre avec nos morts".

"La vie et la mort se tiennent la main, on a tort d'en parler comme des univers sans lien, comme on le fait si souvent dans la pensée occidentale", affirme dans un entretien à l'AFP cette figure en France du judaïsme libéral (progressiste), alors que paraît cette semaine "Vivre avec les morts" (Grasset).

Elle y relate 11 récits de vie, de proches ou de personnalités, et autant de deuils qu'elle a vécus ou accompagnés dans ses fonctions.

"Je commence le livre en 2015, année des attentats terroristes, année +inconsolable+", dit-elle. "On a enchaîné des deuils. Les années de terrorisme, de violence et maintenant la pandémie. Cela nous oblige à reconnaître que la mort est partout autour de nous, dans nos familles", explique-t-elle.

Pour celle qui se retrouve si souvent dans les cimetières et chambres funéraires, il s'agit d'abord de "trouver les mots" et les "gestes". Mais aussi, à la lumière des textes de la tradition juive, de "raconter" les récits de la vie des gens, des récits qui "créent des ponts entre les temps et les générations", écrit-elle.

L'occasion de questionner sa fonction. "Qu'est-ce qu'être un rabbin?" C'est à la fois, répond-elle un "conteur" et une "couturière". Tous deux "font un peu la même chose: ils reprennent ce qui est fabriqué et un peu élimé et ajoutent des points. Ils relient et relisent. Mon métier, c'est ça, relier et relire".

Et aussi être une "rabbin laïc", comme a aimé la baptiser la sœur d'Elsa Cayat à l'enterrement de la psychanalyste de Charlie Hebdo? Oui, répond Delphine Horvilleur, "ces deux mots ne s'opposent en rien". "Je suis éprise de cette laïcité" qui "laisse toujours une place pour une croyance qui n'est pas la nôtre" et qui "empêche une foi de saturer tout l'espace".

- "Mort de nos rêves" -

Tisser, relier, donner du sens, c'est ce que cette femme rabbin de 46 ans a tenté de continuer à faire malgré la pandémie venue bousculer les rites funéraires. 

Et de citer "ces mots murmurés" pour la première fois "par téléphone depuis mon appartement", au tout début de la pandémie, pour une famille seule au cimetière qui n'avait oser faire venir qui que ce soit par peur des contaminations.

"On a tout à coup fait entrer de façon assez extrême la technologie dans nos vies cultuelles et religieuses! On n'imaginait pas le faire", relève Delphine Horvilleur.

Dans ce conte, la rabbin veut aussi "honorer les gens qui ont compté" pour elle. Ainsi de Simone Veil, "une figure pour notre génération et au-delà", qu'elle compare à une "fée ayant fait une promesse sur son berceau". Mais aussi de sa compagne de déportation, la scénariste Marceline Loridan-Ivens, "qui incarnait la liberté".

La mort du premier ministre Itzak Rabin (assassiné par un extrémiste juif opposé au processus de paix) en ce soir de novembre 1995 en Israël, où elle se trouve alors, sonne aussi comme un deuil. La fin d'un idéal, d'une "promesse".

"Vivre avec nos morts", c'est aussi "vivre avec nos propres morts personnelles quand elles surgissent, la mort de nos rêves, de nos histoires, parfois de nos idées", confie-t-elle.

Pour autant, convoquant ici et là quelques blagues de rabbins - Delphine Horvilleur tente surtout d'apporter des consolations. Pour "dire à la mort qu'elle n'aura pas le dernier mot, si on est capable de raconter la vie autrement".

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