La lutte méconnue de Madonna Thunder Hawk pour les Amérindiens

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La militante des droits des Amérindiens, Madonna Thunder Hawk, le 14 octobre 2019 à Paris
La militante des droits des Amérindiens, Madonna Thunder Hawk, le 14 octobre 2019 à Paris
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© AFP, Natalie HANDEL

AFP, publié le mercredi 16 octobre 2019 à 13h18

"Quand j'étais jeune, je me plaignais que personne ne raconte notre histoire", souligne Madonna Thunder Hawk, militante de longue date des droits des Amérindiens, qui s'est laissée convaincre de faire mieux connaître son combat à travers le documentaire "Warrior Women". 

"Je n'ai pas aimé être au centre de l'attention avec une caméra sur mes pas, mais je me suis habituée", lance à l'AFP l'octogénaire, de passage à Paris, avant la sortie mercredi de ce film réalisé par deux femmes, Elizabeth Castle et Christina D.King.

Une façon de revenir sur soixante ans de luttes (très) mal connues de ce côté de l'Atlantique et sur le rôle quasi-passé sous silence des femmes. 

"Le christianisme était un outil de la colonisation de notre peuple et c'est un système patriarcal. Or nos sociétés sont matriarcales", explique sa fille Marcy Gilbert, également militante. "Si on tente de revenir sur notre histoire, il n'y a rien d'écrit sur les femmes. Il y a beaucoup sur les hommes -- les guerriers, les chefs et les chasseurs -- mais très peu sur les femmes".

Pourtant "ces histoires" de femmes combattantes, voire guerrières dont parle le documentaire, étaient "déjà là", souligne Madonna Thunder Hawk, qui a cofondé l'American Indian Movement (AIM) à la fin des années 60, à un moment où les mouvements de luttes s'interrogeaient sur le recours ou non à la violence.

Née en 1940 dans une réserve sioux-lakota, dans l'Etat du Dakota du Sud, en plein Midwest, Madonna a été placée dans un pensionnat pour "enfants autochtones" et a également vécu, dans sa jeunesse, l'inondation volontaire de la réserve dont elle est originaire pour permettre la construction d'un barrage sur la rivière Missouri.

Ces deux expériences ont forgé son parcours, marqué par le soulèvement de Wounded Knee en 1973, où l'AIM affronta le FBI et la police pendant 71 jours. 

- "Des familles fortes" -

S'il a eu des contacts avec le mouvement noir-américain des Black Panthers, "notre combat était sur nos terres", dit-elle dans le film. Elle revient sur son combat pour la défense des terres des Amérindiens et la transmission de leur culture via la création notamment d'une école baptisée "We Will Remember". Avec pour ambition de donner aux jeunes Amérindiens une éducation alternative, centrée sur les traditions autochtones.

"On l'a fait tout simplement parce que nos enfants en avaient besoin", dit-elle. "Nous faisons face à tous les ravages d'être un peuple colonisé, mais le fait d'avoir des familles fortes fait durer nos traditions, notre culture".

Aucunement prête à renoncer au combat, elle s'est impliquée il y a trois ans dans le mouvement de résistance contre la construction de l'oléoduc Dakota Access Pipeline qui passerait sur des sites sacrés et menacerait les sources d'eau potable des tribus présentes.

Suspendu un temps par l'administration Obama, ce projet a été relancé et achevé par Donald Trump. Restent ces mois de luttes - entre août 2016 et février 2017 - menées par des milliers d'activistes qui se sont surnommés "protecteurs de l'eau". Parmi eux, une jeune génération à laquelle Madonna Thunder Hawk est prête à passer le relais. 

"A Standing Rock, les réseaux sociaux ont explosé et c'est ce que suivent les jeunes. Comme ancienne, et comme beaucoup de femmes avec qui je travaille, j'apporte tout mon soutien à ce que les jeunes sont en train de faire".

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