La justice néerlandaise ordonne le retour à l'Ukraine de trésors archéologiques de Crimée

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Photo diffusée le 14 décembre 2016 par le musée Allard Pierson à Amsterdam d'un objet en forme de cerf faisant partie d'une collection de trésors archéologiques de Crimée
Photo diffusée le 14 décembre 2016 par le musée Allard Pierson à Amsterdam d'un objet en forme de cerf faisant partie d'une collection de trésors archéologiques de Crimée
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© AFP, Handout, ALLARD PIERSON MUSEUM

publié le mardi 26 octobre 2021 à 15h31

La justice néerlandaise a ordonné mardi le retour en Ukraine d'une collection d'une valeur inestimable de trésors archéologiques prêtés par la Crimée à un musée d'Amsterdam peu avant l'annexion par Moscou de cette péninsule ukrainienne, un arrêt qualifié de "victoire" par Kiev, mais dénoncé par Moscou.

"La cour d'appel d'Amsterdam a enjoint au musée Allard Pierson de remettre à l'Etat ukrainien les +Trésors de Crimée+", ont déclaré les juges.

"Bien que les pièces de musée soient originaires de Crimée et à cet égard puissent être considérées comme faisant partie de l'héritage de la Crimée, elles font partie de l'héritage culturel de l'Etat ukrainien tel qu'il existe en tant qu'Etat indépendant depuis 1991", année de l'effondrement de l'URSS dont l'Ukraine était une république fédérée, a tranché ce tribunal.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est aussitôt félicité de cette "décision juste", une "victoire tant attendue", ajoutant que l'Ukraine "récupère toujours ce qui lui appartient", y compris à l'avenir la Crimée, unilatéralement rattachée à la Russie en mars 2014. 

"Après l'+or scythe+, nous récupérerons la Crimée", a promis sur Twitter M. Zelensky.

Les musées de Crimée sont en revanche "très tristes", a commenté leur avocat.

Ces trésors "n'ont jamais appartenu aux musées de Kiev" et "ils doivent être rendus" à la Crimée, a dit à la presse Me Rob Meijer.

Les sénateurs russes Vladimir Djabarov et Andreï Klichas ont également déploré le jugement de mardi, avertissant que la Russie ne laisserait pas "sans réponse" cette "décision biaisée".

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov s'est refusé à commenter officiellement cet arrêt.

"Nous aimerions bien sûr que notre collection soit de retour dans sa maison", avait-il néanmoins souligné en septembre.

- Une longue bataille -

En novembre 2014, quatre musées de Crimée avaient entamé en commun une action en justice pour forcer le musée archéologique de l'Université d'Amsterdam, Allard Pierson, à rendre les oeuvres, prêtées pour l'exposition "La Crimée : Or et secrets de la mer Noire".

Mais, en 2016, un tribunal néerlandais avait décidé que ces trésors archéologiques devaient être remis à l'Ukraine, expliquant que la Crimée, un territoire naguère à la croisée d'anciennes routes de commerce, n'était pas considérée comme un Etat autonome.

Les musées de Crimée avaient alors fait appel du jugement, arguant que l'or appartenait à cette région. 

En 2019, la Cour d'appel d'Amsterdam avait souligné qu'elle avait besoin de plus de temps pour se prononcer.

Quant aux trésors, ils étaient en attendant conservés dans un "endroit sûr" par le musée Allard Pierson.

La riche collection d'objets datant du deuxième siècle de notre ère jusqu'au haut Moyen-Âge a été prêtée à ce musée amstellodamois moins d'un mois avant l'annexion de la Crimée, à l'issue d'une intervention militaire suivie d'un référendum de rattachement jugé illégal par Kiev et les Occidentaux.

- Une "histoire millénaire" -

Tiraillé entre l'Ukraine et la Russie, qui demandaient toutes deux la restitution des objets, le musée Allard Pierson a été pris "entre le marteau et l'enclume", a estimé le tribunal néerlandais en 2016.

Son jugement avait provoqué la colère de Moscou et la joie de Petro Porochenko, alors président de l'Ukraine. Selon lui, la décision signifiait que "non seulement l'or scythe est ukrainien, mais aussi que la Crimée est ukrainienne".

Il appartenait dès lors à la Cour d'appel d'Amsterdam de trancher. Puisque l'affaire ne semble être couverte ni par les lois néerlandaises, européennes, ni être liée au patrimoine mondial tel que défini par l'Unesco, il s'agissait désormais, selon cette juridiction, de "décider qui a les droits les plus forts". 

"Nous récupérons non seulement des pièces de musée", mais aussi "des reliques témoignant de notre histoire millénaire", a réagi mardi dans une vidéo, après le jugement rendu par la cour d'appel d'Amsterdam, le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba. 

Au cours du procès, "toutes les falsifications et les manipulations russes" se sont soldées par un "fiasco", a-t-il conclu. 

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