La culture rêve des trois coups mais retient son souffle

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Des festivaliers au 43e Printemps de Bourges le 20 avril 2019
Des festivaliers au 43e Printemps de Bourges le 20 avril 2019
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© AFP, GUILLAUME SOUVANT

publié le vendredi 23 avril 2021 à 17h53

Le milieu de la culture, notamment le spectacle vivant sinistré depuis un an par la crise sanitaire, reste prudent devant l'option de réouverture esquissée vendredi par Roselyne Bachelot. 

"Si la situation épidémique le permet, à la mi-mai, nous sommes en position de rouvrir les lieux de culture", a lancé la ministre de la Culture sur BFMTV.

Mais à la question "les musées, théâtres, cinémas en même temps ?", Mme Bachelot s'est contentée de répondre: "Nous évaluerons la situation de la façon la plus fine et la plus adaptée". La réouverture des lieux de culture "se fera de manière progressive avec un respect strict des mesures de précaution" et suivant des "jauges progressives", s'est-elle bornée à préciser.

Face à ces déclarations, les réactions divergent en fonction de la branche. 

"Nous sommes prêts, on a travaillé depuis mars avec le ministère de la Culture sur une réouverture progressive", expose à l'AFP le délégué général de la Fédération des cinémas (FNCF), Marc-Olivier Sebbag. "On attend le top que donnera probablement le président de la République. Le 17 mai, ça fera 199 jours que les salles de cinéma sont fermées, alors vous imaginez comme on a envie d'être prêts", ajoute-t-il en riant.

- "C'est flou" -

Les réponses sont plus nuancées pour le spectacle vivant. "La première chose, c'est que toutes les bonnes nouvelles sont bonnes à prendre. Symboliquement, on peut ouvrir mi-mai, mais on a besoin de certitudes", commente pour l'AFP le producteur Jean-Marc Dumontet, à la tête de plusieurs théâtres parisiens. "Ca pointe un horizon à partir de mi-mai. Et des incertitudes: on nous demande d'imaginer des spectacles avec des comédiens, avec des démarches progressives, ce n'est pas simple. Oui, on préfère se creuser la tête et jouer. Mais, par la force des choses, c'est flou". 

Le ton se fait plus grave dans les musiques actuelles. Mme Bachelot s'est dite confiante pour la tenue du Printemps de Bourges, fin juin, choisi pour cadre du second volet des Etats généraux des festivals. 

Un optimisme que ne partage pas le directeur de l'évènement, Boris Vedel. "Ce n'est pas la première fois que quelqu'un dit que le Printemps aura lieu et que malheureusement il est reporté ou annulé", souligne le dirigeant auprès de l'AFP. "Un festival comme le nôtre ne peut pas vivre avec des +oui, mais+. Nous, c'est +on y va ou pas+. Si on nous dit, +à partir de telle date et si et seulement, si+: on ne sera pas kamikaze, on ne veut pas +crasher+ l'évènement".

Et d'asséner: "On ne peut pas oublier une réalité de mise en œuvre d'un festival, qui ne tient pas simplement à celle d'une jauge. L'agenda de reprise d'activités doit être annoncé dans les tout prochains jours, sinon on devra se résoudre à annuler".

- "Pas une séance de cinéma" -

Sans oublier d'autres paramètres: "Il faut des contraintes acceptables, car un festival ce n'est pas une séance de cinéma, on passe des heures sur un site, c'est un lieu de vie. Et si jamais les contraintes sont acceptables pour le Printemps mais pas pour d'autres festivals, le plan de tournée de certains artistes serait cassé et ils pourraient annuler leur venue". 

Le mot "incertitude" revient aussi chez Malika Seguineau, du Prodiss (Syndicat du spectacle musical et de variété). "S'il se confirme une phase de reprise (mi-mai) en assis avec 35% de jauge, pour le modèle privé, c'est compliqué, souligne la responsable auprès de l'AFP. Les déclarations de la ministre sont insuffisantes, le cadre est non-stabilisé". 

Par ailleurs, Roselyne Bachelot assure que le concert-test de Bercy, sans cesse repoussé, pourrait avoir lieu dans les quinze jours. "Le projet est lancé, les quinze jours c'est sans doute pour la décision sur le volet budgétaire, mais pour la date c'est plutôt sur la fin mai", éclaircit Malika Seguineau.

Au sujet du coût, la ministre a dévoilé une facture de "900.000 euros" pour cette expérimentation, alors que Bercy est prêté gracieusement. "On parle ici du budget scientifique car la partie production de concerts est assumée par les pros du secteur et les artistes (Indochine est volontaire, ndlr) ne demandent aucun cachet", clarifie-t-elle encore.  

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