La bande-dessinée pleure Raoul Cauvin, scénariste des "Tuniques bleues"

La bande-dessinée pleure Raoul Cauvin, scénariste des "Tuniques bleues"©PATRICK BERNARD / AFP

publié le vendredi 20 août 2021 à 16h50

Atteint d'un cancer, le scénariste belge est mort à l'âge de 82 ans. Il laisse derrière lui une oeuvre considérable et respectée.

La bande dessinée est en deuil, après l'annonce, vendredi 20 août, de Raoul Cauvin.

Le scénariste belge de 82 ans, avait bâti sa notoriété sur le succès de la série "Les Tuniques bleues", qui s'est écoulée à des millions d'exemplaires en un demi-siècle.


La série raconte avec humour les aventures de deux soldats américains, un militariste convaincu et un autre engagé malgré lui, qui combattent les "Sudistes" pendant la Guerre de Sécession (1861-1865). Avec plus de 15 millions d'albums vendus en français - sans compter les traductions en anglais, allemand, néerlandais etc -, ces Laurel et Hardy de la BD font découvrir le conflit à bon nombre d'Européens.

Et ce succès populaire pousse Cauvin à devenir un auteur prolifique pour son éditeur Dupuis, en collaborant avec quantité d'autres dessinateurs : entre autres Berck ("Sammy et Lou"), Nic ("Spirou et Fantasio") ou Kox ("L'Agent 212"). À ses débuts, au tournant des années 70, le scénariste belge travaille avec Claire Bretécher (1940-2020) sur une série - "Les Naufragés" - dont les planches sont d'abord publiées dans le journal de Spirou.

"S'il excelle dans l'aventure humoristique pour tous les publics et toutes les formes du gag visuel, il évolue dans les années 80 vers des productions plus incisives, proches souvent de l'humour noir et de la parodie délirante", affirme la biographie communiquée par Dupuis. C'est le temps des séries "Pierre Tombal" avec Hardy, "Les Femmes en blanc" sur l'univers de l'hôpital (avec Bercovici au dessin), mais aussi "Cédric" (Laudec) qui s'avère un succès de la BD jeunesse avec 34 albums à ce jour.

Raoul Cauvin est né le 26 septembre 1938 à Antoing (ouest), près de la frontière française, l'année même où est créé le magazine "Spirou" où il publiera plus tard ses planches. Il a suivi des études de lithographie publicitaire à l'Institut Saint-Luc de Tournai, une des écoles d'arts les plus réputées de Belgique, avant d'entrer chez Dupuis.

Il crée "Les Tuniques Bleues" en 1968, huit ans après ses débuts chez l'éditeur à un poste de lettreur puis comme caméraman au département Dessins animés.

Atteint d'un "cancer incurable"

Il conçoit d'abord ses deux héros - le sergent Cornelius Chesterfield et le caporal Blutch - avec le dessinateur Louis Salvérius, qui meurt en 1972 et laisse la place à Willy Lambil. Ce dernier reste le complice inséparable de Cauvin jusqu'au tome 64, l'ultime album signé par le scénariste, sorti chez Dupuis en mai 2021. 

Cauvin et Lambil, que l'AFP avait rencontrés en Belgique en 2012, étaient surnommés "les papys de la BD", avec la même moustache grisonnante. "40 ans après nos débuts, nous en sommes à la troisième génération de lecteurs. C'est merveilleux de penser qu'un même album peut être lu par un grand-père, un père et ses enfants", s'enthousiasmait alors Raoul Cauvin.

Entre 1990 et 2009, Cauvin signe avec le dessinateur William Taï, alias Malik (décédé en décembre 2020), vingt-et-un albums de Cupidon, figure empruntée à la mythologie romaine, décochant ses flèches d'amour à tort et à travers. Pour Patrick Gaumer, qui lui avait consacré une BD ("Cauvin la monographie", parue fin 2013), le scénariste maniait avec brio "un verbe malicieux" caractérisé par quatre ingrédients : "distance, humour, loufoquerie et autodérision".

Début mai 2021, quelques jours après la sortie du dernier "Tuniques bleues", Cauvin avait annoncé être atteint d'un cancer incurable, dans un message sur "Le blog à Raoul", son site personnel hébergé sur spirou.com. "L'oncologue est formel. Encore quelque mois à vivre avant d'aller, là-haut, rejoindre tous ceux qui m'ont précédé. Fallait bien que ça m'arrive aussi un jour", écrivait-il.

"Raoul Cauvin est devenu une véritable statue de Commandeur des scénaristes. Populaire, irrésistiblement drôle, inattendu (...), il a durablement codifié la mécanique du gag et les canons de l'aventure humoristique, séduisant plusieurs générations de lecteurs et vendant plus de 50 millions d'albums", insistait Dupuis vendredi.
 

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