Kery James veut orienter le rap français "dans une autre direction"

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Le rappeur français Kery James aux Vieilles Charrues, à Carhaix-Plougueur, dans le Finistère, le 15 juillet 2017
Le rappeur français Kery James aux Vieilles Charrues, à Carhaix-Plougueur, dans le Finistère, le 15 juillet 2017
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© AFP, FRED TANNEAU
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AFP, publié le samedi 17 novembre 2018 à 14h18

Kery James veut diriger le rap français "dans une autre direction", moins consumériste et plus responsable, a lancé le vétéran du rap conscient dans un entretien à l'AFP, alors qu'il publie son 7e album.

Dans ce disque intitulé "J'rap encore", "j'essaie de faire du lobbying dans le rap français, de diriger le bateau dans une autre direction. Dans le rap, on le sait, personne ne me le reproche, mais c'est compliqué", a déclaré Kery James à l'AFP. 

"Ici y a pas de place pour ton rap capitaliste, égoïste et narcissique", lançait l'artiste dès 2009 dans "Le retour du rap français", alors que les musiques urbaines arrivaient en tête des tops en France. 

Aujourd'hui, le rap est omniprésent et certains artistes ont "monté des empires", souligne Kery James. 

"Les rappeurs maintiennent nos petits frères dans la médiocrité", accuse Kery James dans son nouvel album, décrivant un "art à l'agonie, sans âme et sans poésie".

"Je me mets à leur place", confie le jeune quadra à la carrure de boxeur. "Je sais d'où viennent la plupart d'entre eux. C'est des fils de prolétaires. S'ils n'avaient pas fait du rap, ils se seraient peut-être retrouvés à vendre du shit". 

"Mais quand même: leur responsabilité sur ce que deviennent les quartiers reste importante. On ne peut pas dire tout et n'importe quoi", lance Kery James, de son vrai nom Alix Mathurin, fils de parents haïtiens grandi à Orly. 

Sur la pochette de son nouveau disque, le rappeur pose en révolutionnaire afro-américain. Après des débuts dans le rap hardcore, et sa conversion à l'islam, il porte depuis près de vingt ans un discours d'"empowerment", s'adressant surtout aux oubliés de la république, combattant le racisme, l'islamophobie, le désespoir. 

"On n'est pas condamnés à l'échec", martèle le rappeur. La pièce qu'il a écrite sur la banlieue, "A vif", a rempli les théâtres à travers la France.

- "censure inconsciente" -

Le rappeur a aussi mis ses idées en images dans un film pour Netflix, "Banlieusards", qu'il vient de tourner avec la réalisatrice Leïla Sy et dont la diffusion est prévue pour septembre 2019. 

Le jeune héros du film doit choisir lequel de ses frères il suivra: le plus grand, joué par le rappeur lui-même, a choisi le grand banditisme; son cadet est élève avocat. 

Un film que les chaînes françaises n'ont pas voulu financer à la hauteur du projet, dans une forme de "censure inconsciente", accuse le rappeur: "ils ne voulaient pas que je m'exprime au cinéma. Ils sont dans un entre-soi que Netflix va bousculer".

Dans son nouvel album, Kery James durcit encore le ton, boxe avec les mots sur des sons plus bruts que dans ses titres précédents. 

Dans "Pays de merde", le premier single de l'album où il est rejoint par le rappeur Kalash Criminel, il répond aux propos xénophobes du président américain Donald Trump. 

Dans "Jouez pas les gangsta", c'est une autre figure du rap français, Sofiane, qui rappe à ses côtés.

Dans "Amal", le rappeur rend un hommage bouleversant à Amal Bentounsi, dont le petit frère Amine a été tué d'une balle dans le dos par un policier. 

La jeune mère de famille se bat depuis contre les violences policières et a repris ses études pour devenir avocate, un exemple pour le rappeur, qui "rêve" lui aussi de reprendre les études. 

"Amal a tellement pris de coups qu'elle ne les sent plus", souffle Kery James.

Le dernier titre de l'album annonce la suite: après une tournée qui passera par le Zénith de Paris, le prochain disque pourrait être celui de "La ligue", le supergroupe que Kery James forme avec deux autres rappeurs au discours engagé, Médine et Youssoupha.

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