"Jeff Koons Mucem": le kitsch néo-pop rencontre les arts populaires à Marseille

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L'oeuvre la langouste de l'artiste américain Jeff Koons exposée au Mucem à Marseille, le 5 mai 2021
L'oeuvre la langouste de l'artiste américain Jeff Koons exposée au Mucem à Marseille, le 5 mai 2021
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© AFP, Christophe SIMON

publié le mardi 18 mai 2021 à 17h05

Pour sa réouverture à Marseille après sept mois de portes closes, Covid-19 oblige, le Mucem invite à un mariage osé: le flashy des oeuvres de Jeff Koons, maître américain du kitsch néo-pop, et la modestie des objets du quotidien puisés dans ses réserves.

Ici, le "balloon dog" magenta de Koons, gigantesque réplique en acier d'un ballon gonflé en forme de chien, fait face à un mur de photos noir et blanc du clown Mimile (1914-1989) dans sa loge du Cirque d'hiver à Paris. 

Là, un buste en marbre blanc représentant l'artiste américain et la "Cicciolina", son ex-compagne, semble observé par un Napoléon en vannerie grandeur nature du XIXe siècle.

Au long des 13 salles de cette exposition "Jeff Koons Mucem" (Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée), prévue du 19 mai au 18 octobre, deux mondes se côtoient. 

D'un côté, 20 oeuvres de l'artiste, dont 19 prêtées par la collection Pinault. De l'autre, quelque 300 objets sélectionnés par le sculpteur et peintre américain dans les réserves du musée marseillais, héritier des collections du musée des arts et traditions de Paris.

Venu une journée à Marseille en février 2019, puis trois jours en février 2020, Jeff Koons, 66 ans a fouillé dans les réserves du musée.

Et le dialogue final écrit par l'artiste est parfois surprenant. Comme cette salle où sa réplique en acier inoxydable d'un "titi" gonflable fait face à des coiffes en dentelle de Basse-Normandie. Ailleurs, la relation est plus évidente, quand son "Hanging Heart", énorme coeur rouge sang suspendu par des rubans dorés, côtoie des dizaines d'ex-votos en laiton ou en argent eux aussi en forme de coeurs.

Mais aucun panneau ne vient traduire la démarche de l'artiste: "Il n'y a aucune explication sur les associations décidées par Koons, aucune clef de lecture, pour offrir une grande liberté d'interprétation aux visiteurs", explique Emilie Girard, directrice scientifique du musée marseillais et co-commissaire de l'événement.

Tout au long de l'exposition, les fans de Koons retrouveront certaines de ses oeuvres les plus connues. Comme ses multiples répliques en acier ou aluminium de bouées gonflables pour enfants, du "lobster" (homard) au "dolphin" (dauphin) en passant par "chainlink", qui réunit une tortue et un hippopotame.

- "Pinault, range tes Koons" -

Pour la première fois en Europe, les visiteurs pourront admirer le "Bluebird Planter": sorte de bibelot en porcelaine qui aurait été gonflé à l'hélium, cet oiseau multicolore est en fait une jardinière géante. Et les fleurs qui émergent de son dos sont bien vivantes, choisies par une fleuriste d'Arles.

"Artiste de la couleur", le maître américain est mis en valeur par des fonds blancs, mais surtout par la lumière de la Méditerranée.

"Nous avons enlevé les rideaux qui masquent habituellement le soleil et la vue sur la mer", explique Pascal Rodriguez, le scénographe, marqué par la méticulosité avec laquelle Jeff Koons a surveillé l'installation de ses oeuvres, à distance: "Le placement du Balloon Dog par rapport au coeur suspendu, il le voulait au centimètre près et cela nous a pris plusieurs heures".

L'intérêt de cette exposition est aussi d'interroger sur la notion même d'art, avec cette cohabitation entre des oeuvres parmi les plus chères au monde et des objets du quotidien. 

"L'art n'est pas seulement inscrit dans une peinture de Van Gogh ou une sculpture, pour moi l'art c'est tout ce qui excite ou stimule le spectateur", a estimé Jeff Koons, mercredi, à New York, interrogé en visioconférence depuis le Mucem.

Si "Jeff Koons Mucem" devrait attirer le public, cette programmation fait aussi grincer quelques dents. Une vingtaine d'artistes qui occupent le Fonds régional d'art contemporain (Frac) de Marseille ont profité de l'événement mercredi pour dénoncer une exposition réunissant des oeuvres appartenant à "M. Pinault, 3e fortune de France avec 42 milliards de dollars" (35 milliards d'euros), et Jeff Koons, "artiste vivant le plus cher au monde" avec son "Rabbit" à 91 millions de dollars. 

"Pinault, range tes Koons", "Art ultra luxe, Etat complice", dénonçaient les banderoles des manifestants. "Il faut se garder d'un manichéisme un peu facile", leur a répondu Jean-François Chougnet, le directeur du musée. 

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