James the Prophet, rap en haute altitude

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James The Prophet, le 11 février 2021 à Paris
James The Prophet, le 11 février 2021 à Paris
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© AFP, ALAIN JOCARD

, publié le vendredi 12 mars 2021 à 09h25

Timide derrière les écrans de ses simulateurs de vol, le jeune rappeur franco-américain James the Prophet survole les débats au micro, avec dans ses soutes un projet de première partie de l'icône Mos Def. 

Fred Musa, animateur de Planète Rap sur Skyrock, l'émission phare du rap en France, se souvient du passage dans son émission de ce gaillard un peu gauche au premier abord, lunettes rondes sous son sweat à capuche. "Je me rappelle d'une espèce d'Harry Potter, qui attendait son tour pour prendre le micro, alors que dans l'émission c'est la jungle, il faut s'en emparer", raconte à l'AFP le présentateur. 

Mais une fois qu'il place sa voix c'est un autre personnage qui semble tout juste débarqué de Brooklyn. "Il a un flow aiguisé, il mélange des sonorités old school et des sonorités de maintenant, il a un coup à jouer", dépeint Fred Musa.

Son anglais des artères de New-York, distillé sur un timbre grave, lui vient d'un père américain et d'une mère anglaise. Lui est né il y a 20 ans dans le Gard à côté d'Avignon, où il est resté jusqu'à ses 13 ans avant que sa famille ne s'installe à Paris.

- "Un peu de Brooklyn en moi" -

"Assez timide, assez fermé, confortable dans ma chambre (rires)", comme il le dit à l'AFP, il a pourtant adopté un nom de scène aux antipodes de sa personnalité. "J'ai commencé à rapper au lycée et après il y a 15 mecs qui se sont mis à rapper, un pote m'a appelé +the Prophet+ (rires)".

Le hip-hop n'est pas un legs familial. "Mon père était plus rock: je lui reproche souvent, il a raté l'âge d'or du hip-hop alors qu'il était dans la même promo à Brooklyn que Adam Yauch des Beastie Boys", confie-t-il.

Lui est tombé dans la marmite en découvrant sur le net des figures du rap new-yorkais des années 1990-2000 comme The Notorious B.I.G ou Rakim (qu'il cite d'ailleurs dans un de ses titres). 

Il a toujours de la famille à Brooklyn --même si elle migre vers le New-Jersey où les loyers sont moins chers-- et s'y rend comme en pèlerinage, entre graffitis (une de ses passions) et fragrances rap. "J'ai un peu de Brooklyn en moi, j'ai la chance d'être +pluggé+".

Son premier album "Unimaginable storms", sorti vendredi (chez Rupture/Sony) recèle deux pépites, "The truth" et "Power on", avec une batterie jazz en avant, amplifiant les beats synthétiques.

- Trump taclé -

Côté paroles, on a l'impression d'entendre un rappeur quadra cabossé par la vie. Bouteilles vides et gueules de bois parsèment ses couplets. "On est d'origine irlandaise, toute ma famille boit ou a eu des problèmes alcool", dit-il. 

On trouve aussi un texte politique "G.O.P", initiales du Parti républicain aux USA. Un "Grand old party" qu'il tacle allégrement dans ce morceau où intervient aussi Kalash Criminel (en français pour ses couplets, comme "On n'a pas attendu la mort de George Floyd pour savoir que la police nous tue"). 

"Sous Trump, l'archaïsme des Républicains a empiré, la société américaine s'est polarisée, je suis Démocrate et on ne se comprend plus avec les Républicains, j'ai perdu des amis à cause de ça; je vois les avantages du système de santé en France, gratuit, et on me traite de gauchiste...", dévoile-t-il.

Sa place à l'université de Bath (en Angleterre) est d'ailleurs toujours réservée en sciences politiques et relations internationales après l'année sabbatique qu'il a posée pour se dédier au rap. 

Il garde aussi toujours en tête de passer un brevet de pilote d'avion (les simulateurs de vol sont plus qu'un hobby). Mais il espère surtout pouvoir atterrir en première partie dans la tournée de Mos Def, figure du rap new-yorkais, projet reporté plusieurs fois pour cause de crise sanitaire. 

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