Inquiète du Brexit, la dessinatrice Posy Simmonds invente un Scrooge féminin

Inquiète du Brexit, la dessinatrice Posy Simmonds invente un Scrooge féminin
La dessinatrice britannique Posy Simmonds, le 3 avril 2019 à Paris

AFP, publié le samedi 06 avril 2019 à 10h57

"Si le Brexit est reporté au 30 juin y aura-t-il des élections pour le Parlement européen en Grande-Bretagne?" s'interroge la dessinatrice britannique Posy Simmonds venue à Paris pour présenter son nouveau roman graphique mais à l'affût de toutes les nouvelles concernant l'avenir des relations entre son pays et l'UE.

Francophile et européenne convaincue, la célèbre illustratrice avoue "être inquiète" de l'imbroglio du Brexit.

Elle qualifie d'"horrible" l'eurodéputé Nigel Farage, chantre du Brexit et ancien dirigeant du parti europhobe Ukip. "L'autre jour, raconte-t-elle à l'AFP, c'était affreux. Il a organisé une marche de manifestants pro-Brexit du nord de l'Angleterre jusqu'à Londres et arrivé devant le Parlement, il a déclaré à la foule: +ici, nous sommes dans le territoire de l'ennemi, c'est là que sont les traitres+".

"Il y a une fracture de plus en plus profonde entre les gens qui sont pour le Brexit et ceux qui souhaitaient rester dans l'UE", déplore la dessinatrice. "C'est quelque chose de triste".

L'héroïne de son nouveau roman graphique, "Cassandra Darke" (publié chez Denoël Graphic), ne se préoccupe pas du Brexit.

"Cassandra est misanthrope, vieille, riche, égoïste, avare, en surcharge pondérale et se fiche des gens...", la décrit en riant Posy Simmonds. "C'est une anti-héroïne, un Scrooge (l'usurier pingre et méchant d'"Un chant de Noël" de Charles Dickens, ndlr) au féminin. Elle porte une chapka et un manteau informe qui l'isolent comme une armure".

Après "le cher Gustave" Flaubert qui l'avait inspiré pour "Gemma Bovary" (adapté au cinéma par Anne Fontaine) et Thomas Hardy (avec son roman "Loin de la foule déchaînée") à l'origine de l'album "Tamara Drewe" (adapté au cinéma par Stephen Frears), Posy Simmonds, illustratrice vedette du Guardian, a choisi Dickens pour bâtir ce nouveau personnage.

L'histoire se déroule autour de Noël. A la tête d'une galerie d'art moderne, Cassandra Darke est en délicatesse avec la justice pour avoir sciemment vendu des faux. Échappant à la prison mais condamnée à une lourde amende, elle ne fait montre d'aucun remords. "Sur l'échelle des infamies, mon délit était dérisoire, ni arme, ni violence, ni corps...", dit-elle.

- "c'est choquant" -

Mais est-ce si sûr? La vieille dame héberge (contre loyer) dans le sous-sol de sa maison "à 8 millions de livres" sa nièce Nicki (la fille de sa sœur, mariée à son ex-mari!), une artiste sans le sou. Le petit ami de Nicki, Billy, figure type du "cockney" londonien, possède une arme qui aurait pu servir à un meurtre. Cassandra découvre cette arme dans sa poubelle ainsi qu'un gant qui ressemble à celui retrouvé dans la poche d'une jeune femme assassinée...

L'idée de ce nouveau roman graphique est venue à Posy Simmonds à la suite de ses innombrables balades dans Londres et de l'accroissement des inégalités sociales qu'elle a constaté.

"Je marche beaucoup dans les quartiers riches et les quartiers pauvres de Londres", affirme la dessinatrice âgée de 73 ans. "Les quartiers chics sont de plus en plus riches et beaucoup d'immeubles sont vides. En même temps il y a de plus en plus de pauvres, de gens qui ont faim et de sans-abri dans les rues."

Avec ses maigres indices (dans la poubelle, il y avait aussi un sac de maquillage bon marché avec un flacon de médicaments portant l'adresse d'un pharmacien) Cassandra va partir à la recherche des traces de sa propriétaire dans les quartiers populaires de Londres. Sans s'en douter la vieille femme va mettre au jour un trafic d'êtres humains et un réseau de prostitution de jeunes femmes originaires d'Europe de l'Est.

"Cassandra Darke" est assurément l'album graphique le plus sombre de Posy Simmonds. Pourtant, les dessins, dans une histoire située au cœur de l'hiver, sont lumineux.

Avec Posy Simmonds, présidente du festival de BD d'Angoulême en 2017, le rire n'est jamais loin. A la suite d'un malentendu, Cassandra reçoit sur son téléphone portable des "dick pics" (des images obscènes diffusées sur les réseaux sociaux). "J'ai fait des recherches. Il paraît que parmi les jeunes c'est très courant", dit Posy Simmonds dans un éclat de rire avant d'ajouter en pouffant: "mais c'est choquant".

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