Gergiev, maestro infatigable, las des questions sur Poutine

Chargement en cours
 Le chef d'orchestre russe Valery Gergiev au Kremlin à Moscou le 21 décembre 2017 à l'occasion d'une réunion du conseil présidentiel pour la culture et l'art

Le chef d'orchestre russe Valery Gergiev au Kremlin à Moscou le 21 décembre 2017 à l'occasion d'une réunion du conseil présidentiel pour la culture et l'art

1/3
© AFP, Maxim SHIPENKOV, POOL
A lire aussi

AFP, publié le mardi 17 avril 2018 à 13h34

C'est l'autre tsar de Russie, celui de la musique: le chef d'orchestre globe-trotter Valery Gergiev est las d'être interrogé sur Vladimir Poutine, un président qui évite au pays, selon lui, "le sort de la Syrie".

Mais le chef d'orchestre russe le plus actif de la planète n'est certainement pas las de ses marathons de concerts.

Sa proximité avec Poutine, qu'il connaît depuis 1992, ses déclarations sur l'annexion de la Crimée ou les "Pussy Riot", des concerts en Ossétie du sud bombardée et à Palmyre aux côtés de l'armée syrienne, lui ont valu maintes polémiques cette dernière décennie.

Interrogé par l'AFP à Paris, Gergiev n'a pas envie de parler politique, mais se félicite de la réélection pour un quatrième mandat de M. Poutine, qu'il dit rencontrer "cinq à six fois par an".

"Il a gagné les élections, chose que le monde occidental a du mal à comprendre", affirme le directeur du prestigieux théâtre du Mariinsky de Saint-Pétersbourg.

- 275 concerts annuels -

Son opinion reflète celle de nombreux Russes, même si le pays a connu une montée de la contestation.

"Il y a 20 ans, la Russie était au plus bas. Je ne dis pas que Poutine, à lui tout seul, lui a redonné son importance internationale, mais je crains que ce soit le cas", souligne M. Gergiev.

L'obsession, selon lui, c'est de ne pas plonger dans le chaos. "Nous ne voulons certainement pas le sort de la Syrie, l'Irak ou la Libye. Non, mille fois non".

Même ceux qui considèrent que le musicien est un instrument du "soft power" de la Russie de Poutine ne sauraient nier que Gergiev s'est consacré corps et âme à son art.

Charismatique, il est l'un des chefs d'orchestre les plus sollicités au monde et ne reste jamais très longtemps dans la même ville: on estime à 275 en moyenne le nombre de ses concerts annuels.

Se repose-t-il jamais? "J'ai pris huit jours en janvier. Si j'arrive à prendre deux semaines en août, ça serait bien", confie le chef d'orchestre de 64 ans, voix rauque et petite barbe poivre et sel.

Il vient d'enchaîner deux tournées européennes, avant d'entamer son traditionnel festival de Pâques: 32 jours de concerts à travers la Russie, qu'il parcourt en train de Moscou jusqu'en Sibérie.

Il tire sa force de la musique mais aussi de sa jeunesse, marquée, à 14 ans, par la mort de son père. A 18 ans, il débarque d'Ossétie du nord, république russe proche du Caucase, à Saint-Pétersbourg.

"Ma mère m'a transmis cette volonté de toujours aller plus loin", dit-il.

Son hyperactivité a valu au "wonder maestro" une admiration mondiale, mais aussi de nombreuses critiques.

Après huit ans à la tête du London Philharmonic Orchestra, il est épinglé par le quotidien anglais The Guardian pour ses concerts de "routine et parfois mal préparés". Les mêmes reproches lui sont adressés à Munich, dont il dirige la Philharmonie.

- "La Russie que je connais" -

"J'entends cette critique depuis 20 ans, cela ne m'a pas empêché de poursuivre ma carrière et de diriger les grands orchestres occidentaux", réplique-t-il.

Tout juste arrivé de Prague à Paris, il n'a que quelques heures pour répéter "L'or du Rhin", prologue du célèbre Ring de Wagner et une de ses spécialités.

"Les répétitions de Wagner n'ont pas commencé aujourd'hui", se défend-il. "Ça fait 25 ans que l'on travaille" avec le Mariinsky.

A le voir répéter, la symbiose entre lui et son orchestre est palpable. 

Sa carrière est détaillée dans un livre d'entretiens sorti fin février en France, signé Bertrand Dermoncourt (Actes Sud).

Gergiev y revient sur le vote inédit, en pleine Glasnost de Gorbatchev, qui l'a porté à la direction artistique du Mariinsky en 1988, ses efforts pour donner à ce vieux théâtre de 235 ans une visibilité internationale et sa contribution au rayonnement des œuvres russes.

Il y parle aussi politique. "La Russie, telle qu'on la présente dans les médias occidentaux, n'est pas la Russie que je connais (...) Même chose avec Poutine", assure-t-il dans l'ouvrage.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.