Frédéric Lo, le juste retour des (belles) choses

Frédéric Lo, le juste retour des (belles) choses
Frédéric Lo pose à Paris le 11 mars 2016

AFP, publié le lundi 18 février 2019 à 09h01

Réalisateur, arrangeur, compositeur, le talentueux Frédéric Lo est l'homme de l'ombre qui a ressuscité Daniel Darc et magnifié des disques de Stephan Eicher, Alain Chamfort ou Maxime Le Forestier. Le revoilà enfin chanteur, en pleine lumière avec le superbe "Hallelujah".

Sans l'apport de ce mélodiste hors pair, un des plus grands albums français n'aurait jamais pu voir le jour il y a quinze ans. Si les chansons de "Crèvecoeur" sont habitées par les mots sublimes et la voix déchirante de son ange maudit Daniel Darc, disparu en 2013, elles sont portées par la musique, chavirant entre pop mélodieuse et rock luminescent, de son ange gardien Fred Lo.

Un chef d'œuvre fait dans son coin, puisqu'à l'époque ce dernier travaillait dans le salon de son appartement parisien, "où Daniel, qui vivait non loin, était convoqué tous les matins dès neuf heures" pour écrire et chanter. Avec pour résultat d'être devenu sa prestigieuse carte de visite pour au moins les quinze années à venir.

"Après +Crèvecoeur+, dont le retour a été incroyablement fort, j'ai bossé comme un dingue. C'était agréable mais flippant aussi, ça mettait K.O.", raconte Lo qui n'a cessé de faire le grand écart entre Eicher et Pony Pony Run Run, Alex Beaupain et Florent Pagny, Le Forestier et l'Américain Josh T. Pearson...

"Mais comme moi j'aime la création, je trouvais ça génial et j'aime toujours ça. À mes yeux, il n'y a pas de hiérarchie. Pour moi, Tony Visconti, quand il produit les Rita Mitsouko ou David Bowie, il est aussi important qu'eux", certifie-t-il.

Avant de devenir un des magiciens sonores les plus courus de la scène musicale française, Frédéric Lo avait commencé chanteur, avec deux albums restés confidentiels, "La marne bleue" (1997) et "Les Anges de verre" (2000). Son troisième, "Hallelujah", sorti vendredi, a tout pour réparer cette injustice tant l'orfèvrerie de son auteur est à son meilleur.

- Contributions de choix -

"À force de bosser pour les autres, je sentais qu'il fallait que je refasse un disque. Et en même temps, parfois, je n'en avais pas envie. D'abord parce que j'ai eu un trauma causé par mes albums. Ensuite, le côté: +Vous savez j'existe!+, je trouve ça pénible, pathétique. Je ne voulais surtout pas ça. Mais finalement l'envie est revenue et j'ai compris que je me devais de faire exister ces chansons", dit l'affable artiste de 55 ans.

À ce titre, les premiers mots du morceau d'ouverture "La clairière" résonnent comme une belle parabole de la nouvelle trajectoire de Frédéric Lo, dont la voix grave, élégante se pose sur un rythme de synthétiseurs: "Quelques heures avant la nuit/À l'orée du bois/Traquer le soleil qui fuit/Dans les branches, leurs entrelacs".

Alex Beaupain, pour qui Lo a notamment réalisé l'album "33 Tours" en 2008, a écrit ce single et chante en duo sur "Dire".

Les contributions de choix ne manquent d'ailleurs pas sur "Hallelujah", où on entend la voix rare d'Eli Medeiros sur "Come" - "ça faisait plus de dix ans qu'elle n'avait pas chanté, ça lui a plu et peut-être même donné des idées" - et le clavier hypnotique du légendaire Robert Wyatt sur le superbe "Eno Song". De quoi obliger désormais Lo à une Face B de rêve "Wyatt Song" avec Brian Eno.

"Être avec des gens que j'apprécie, pour lesquels j'ai bossé et qui me rendent la pareille, c'est fantastique, sourit-il. Alex me l'a formulé comme ça quand on s'est remis à bosser ensemble il y a deux ans, pour la bande originale du film "Juillet-Août" de Diastème: +je te dois vraiment quelque chose+."

Tout comme Stephan Eicher, lui aussi invité de marque sur une perle intitulée "Cet obscur objet du désir". "Celle-là date d'il y a longtemps. Il la voulait pour +Eldorado+, mais j'avais refusé", révèle Frédéric Lo, bien inspiré de l'avoir gardée pour lui.

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