Fonctionnelle et créative, la mode nordique à l'honneur du festival de Hyères

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Défile de la finaliste finlandaise Venla Elonsalo au festival international de mode de Hyères, dans le sud de la France, le 15 octobre 2021
Défile de la finaliste finlandaise Venla Elonsalo au festival international de mode de Hyères, dans le sud de la France, le 15 octobre 2021
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© AFP, Christophe SIMON

publié le samedi 16 octobre 2021 à 11h55

Trois Finlandais et deux Lettones sur dix finalistes: peu connue, la mode nordique, sortie d'écoles prestigieuses, a fait irruption au festival international de Hyères (Var), grâce à un savant mélange de fonctionnalité et de créativité.

"Dans une sélection, il y a des regroupements dus aux hasards, mais ce n'est pas que du hasard (...) Il y a un rapport à la nature et à la création qui est assez propice et qui fait que le discours de ces créateurs est très pertinent aujourd'hui", dit à l'AFP Serge Carreira, maître de conférences à Sciences Po Paris, spécialiste du luxe et de la mode. 

La Finlandaise Sofia Ilmonen crée "de l'énergie positive" avec de longues robes romantiques de couleurs fortes --jaune, mauve, vert, bleu électrique--, et une technique d'assemblage de "blocs de construction". Sa manière de faire de la mode "durable".   

La collection homme de Artuu Alfeldt, qui revisite le costume dans toutes les nuances du gris, est inspirée des jeux vidéo et adaptée au climat finlandais: les vestes habillées sont imperméables et le tout se porte avec des chaussures crampons pour ne pas glisser sur la glace. 

Avec Venla Elonsalo, bienvenue au zoo: une cape girafe, un manteau à la capuche nounours ou une robe à la trompe d'éléphant déclenchent les sourires au défilé vendredi soir. Sous les "doudous" se dessinent des silhouettes pures et des volumes maîtrisés. 

- Tremplin -

Ces trois finalistes finlandais sont diplômés de l'Université Aalto de Helsinki, prestigieuse école d'art, de design et d'architecture, notamment connue pour les créateurs de meubles qu'elle a formés.

Les dossiers des finalistes ont été sélectionnés par la Britannique Louise Trotter, présidente du jury mode et styliste chez Lacoste. Elle est réputée pour ses tenues au confluent de la mode et du sport, faciles à porter, et ses juxtapositions d'aplats de couleurs.    

Avec la chaîne de vêtements H&M et les Fashion Weeks de Stockholm et de Copenhague, les styles suédois et danois sont familiers du grand public, mais le finlandais reste à découvrir. 

"La mode finlandaise est en train de se dessiner, on commence à l'approcher par le biais de ses designers. On a toujours cette approche fonctionnelle des pays nordiques, et ici [les collections présentées à Hyères] il y a quelque chose de plus romantique", commente auprès de l'AFP Lucie Jeannot, chef de projet mode chez Première Vision, le salon de l'amont de la filière mode (tissus, composants etc.) qui a suivi les finalistes. 

"C'est un tremplin et un encouragement pour la mode nordique et ça va donner beaucoup de visibilité. C'est le rôle de ce festival de pouvoir sortir des sentiers battus et d'ouvrir la porte", poursuit-elle.

- Pop, underground, URSS -

"L'une des meilleures écoles au monde est en Finlande", l'Université Aalto, déclare Jean-Pierre Blanc, fondateur et directeur général du festival de Hyères, dont la 36e édition se déroule actuellement.

"Il y a un rapport à la nature mélangé à des références culturelles très variées, pop ou plus underground, et une approche du design toujours présente dans la coupe et l'assemblage des matériaux. On a une dimension fonctionnelle avec quelque chose en plus", souligne Serge Carreira, de Sciences Po Paris.

Elina Silina, diplômée de l'Académie de l'art de la Lettonie, crée des formes ondulées et aériennes avec des techniques artisanales traditionnelles de crochet ou macramé. 

Avec des robes et des manteaux volumineux aux couleurs vives et des motifs en patchwork, sa compatriote Laima Jurca, en duo avec l'artiste Marta Veinberga, oppose la surconsommation capitaliste aux pénuries en URSS qui avait annexé la Lettonie après la guerre.

Le duo crée aussi "le paradoxe des valeurs": une pièce de vêtement (blouson, manteau, etc.) sur laquelle sont brodés des logos publicitaires de la grande distribution, broderies effectuées par la maison Lesage, membre des métiers d'art de Chanel. 

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