Foire AKAA: la vigueur d'une jeune création de l'Afrique et de ses diasporas

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Oeuvres de l'artiste Sakhile Cebekhulu exposée à la foire AKAA à Paris le 8 novembre 2019
Oeuvres de l'artiste Sakhile Cebekhulu exposée à la foire AKAA à Paris le 8 novembre 2019
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© AFP, BERTRAND GUAY

, publié le samedi 09 novembre 2019 à 09h57

Ils créent avec des matières recyclées et ce qui leur tombe sous la main: les jeunes artistes d'Afrique et de ses diasporas, venus nombreux à la foire AKAA à Paris, s'affirment lentement mais sûrement sur la scène internationale par la vigueur éclatante de leur création. 

"Also known as Africa" au Carreau du Temple, de samedi à lundi, a cette année pour sujet central l'espace urbain des mégalopoles comme matière et lieu de création. Des villes anarchiques qu'il faut réinvestir de culture et d'art.

Matières plastiques, câbles de téléphone ou d'ordinateurs, canettes, bois, tissus divers, servent souvent de supports aux œuvres aux thèmes très variés. Une certaine pauvreté des moyens donne une épaisseur et une force accrue aux images. 

La photo se voit accorder la priorité puisque la foire coïncide avec Paris Photo, rendez-vous incontournable des amateurs et collectionneurs de photos au Grand Palais.

C'est une occasion pour les artistes émergents d'Afrique de se faire mieux connaître. L'éventail des prix y est très large - les plus élevés atteignant 35.000 à 40.000 euros - mais certaines œuvres restent très abordables pour les "premiers acheteurs", qui viennent nombreux. 

- "Aventure folle" -

La jeune présidente et créatrice d'AKAA, Victoria Mann, historienne d'art de formation, qui a démarré sa carrière au Metropolitan à New York et a travaillé à la galerie PACE à Paris, contemple le chemin accompli depuis la première édition en 2016: 30 exposants et 10.000 visiteurs il y a quatre ans pour 50 exposants et près de 15.000 visiteurs attendus cette année, avec les œuvres de 138 artistes de 40 pays. 

"Je me suis lancée dans cette aventure folle, sans forcément savoir, heureusement, dans quoi je me lançais...", sourit cette femme passionnée.

Elle a voulu "créer cette plateforme pour fédérer l'ensemble des scènes contemporaines qui revendiquent un lien avec l'Afrique".

"Ce n'est pas tellement une histoire de passeport, mais de liens, de regards croisés. On ne veut pas +géographiser+ la chose. Ils sont d'abord des artistes. Il y a une incroyable diversité des histoires que ces artistes racontent", dit-elle. 

Ces artistes racontent leurs histoires avec pudeur, sobriété et dignité. La noblesse de nombreux portraits d'hommes et de femmes est frappante. 

Cette foire fait dialoguer artistes africains, afro-américains, afro-caribéens, afro-brésiliens... Ils "travaillent sur les questions d'héritage, d'Histoire, de liens entre continents", selon la patronne de la foire.

A la Nil Gallery, le Ghanéen Prince Gyasi, 24 ans, qui photographie avec son Iphone faute d'autres moyens, pense que les couleurs peuvent guérir: de ses fonds aux couleurs denses et profondes, se détachent, épurées, vibrantes, de jeunes figures.

 -Identité hybride-

Même énergie dans les photos du Nigérian David Uzochukwu, 20 ans, le plus jeune artiste d'AKAA cette année, exposé par la Galerie Number 8 de Bruxelles, ou dans les trois photos du visage d'un jeune Sud-Africain portraituré par Sakhile Cebekhulu (Bonne Espérance Gallery).

L'Ivoirien Yeanzi (Nil Gallery) a recyclé des bouts de plastique, les a fait fondre et couler sur un support. Son message: l'Afrique doit renaître de ses cendres, sans aide extérieure.     

Carte blanche a été donnée au Portugais Francisco Vidal, de parents angolais et capverdiens, qui travaille entre Lisbonne et Luanda et mêle influences cubistes, textiles wax-print, culture hip-hop, graffiti et street art. Il est le prototype d'une identité interculturelle hybride, comme beaucoup des artistes de cette foire qui vivent à plusieurs endroits et sont d'origines mêlées.

L'histoire coloniale angolaise et ses conséquences sont interrogées dans le travail de Francisco Vidal, avec un fort accent sur les pratiques de travail, la mémoire collective, les conflits. Une de ses œuvres est ainsi constituée de machettes peintes de diverses couleurs et collées les unes aux autres. 

AKAA se distingue par sa convivialité, offrant un espace fluide et ouvert, propice à des spectacles, chorégraphies, projections de films, rencontres, commerciales mais aussi culturelles, artistiques, philosophiques ou intellectuelles.

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