Festivals de l'été : une jauge de 5.000 spectateurs assis

Festivals de l'été : une jauge de 5.000 spectateurs assis
Un concert donné lors de l'édition 2019 du Hellfest.

, publié le vendredi 19 février 2021 à 07h49

Plusieurs organisateurs ont déjà annoncé l'annulation de l'édition 2021 de leur festival après l'annonce de la ministre de la Culture Roselyne Bachelot.  

"On est sous le choc, dos au mur".

Ces mots sont ceux de Jean-Paul Roland, directeur du festival des Eurockéennes et représentant du Prodiss (Syndicat national des producteurs, diffuseurs, festivals et salles de spectacle dans le privé). Après une rencontre entre les organisateurs de festivals et la ministre de la Culture Roselyne Bachelot jeudi 18 février, sur la possibilité de maintenir les festivals de l'été après leur annulation en 2020 à cause du Covid-19, le couperet est tombé : des festivals pourront se tenir en France cet été mais avec une limite de 5.000 spectateurs par concert, qui devront être assis.


Les spectateurs suivront-ils ?

Nombreux sont les festivaliers sous le choc. "Le festival We Love Green (en région parisienne en juin) a sondé ses festivaliers: les réponses sont claires, 85% des sondés ont dit qu'ils ne viendraient pas si c'était un festival assis", poursuit Jean-Paul Roland. Les Eurockéennes, rendez-vous prévu début juillet, avaient rassemblé 128.000 personnes en 2019 (il ne s'était pas tenu en 2020 comme la quasi totalité des festivals de musiques actuelles). "C'est 5.000 personnes, assises, et avec distanciation, sans distinction entre plein air et intérieur! Ca veut dire qu'il faut des gradins de 10.000 places...", déplore encore le patron des "Eurockéennes". Pour lui, les artistes ne seront pas au rendez-vous avec de telles restrictions. "Avec 5.000 personnes, c'est impossible, quel artiste accepterait ? Et puis aux Eurocks, le spectateur n'est pas là pour être assis et voir un concert. Il est là pour un moment de vie. C'est ça qui est exclu avec la décision du ministère".  

Le festival des Vieilles charrues prêt à jouer le jeu

D'autres sont plus optimistes. Le festival des Vieilles Charrues (270.000 spectateurs en 2019) jouera le jeu en revanche. "On s'adaptera. Ce ne sera pas un été silencieux à Carhaix (commune bretonne où se déroule l'évènement), ce sera l'été des retrouvailles", confie à l'AFP son directeur Jérôme Tréhorel. "Je craignais beaucoup qu'il n'y ait pas d'annonce du tout ou que les festivals d'été soient interdits", dit-il. Et de voir le verre à moitié plein: "Nous pourrions très bien passer en configuration debout si la situation sanitaire s'améliorait". Quand M. Roland pointe le verre à moitié vide: "On nous a fait comprendre que ce pourrait être plus strict si la situation se dégradait".

Encore des zones d'ombre

Reste par ailleurs des zones de flou. Aurelie Hannedouche, du Syndicat de musiques actuelles, s'interroge sur l'autorisation des zones bar/restauration qui dépendra de la réouverture "dans le secteur de la restauration". "Nous avons envie d'organiser nos festivals cet été, mais pas à n'importe quel prix. Nous attendons une parole forte du Président ou du Premier ministre qui s'engage sur la reprise du secteur culturel", insiste encore la responsable du Sma.Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, a présenté également jeudi "une enveloppe de 30 millions d'euros" pour accompagner les festivals vers des formats alternatifs ou limiter la casse en cas d'annulation. "Mais si c'est 30 millions pour toutes les esthétiques (genres musicaux) et si on compte 6.000 festivals en France, ça fait 5.000 euros par festival...", s'inquiète déjà Aurelie Hannedouche. Mme Bachelot a répondu sur BFMTV qu'il s'agissait "d'une première salve" et que cette enveloppe serait "réalimentée s'il y en a besoin". 

"L'été prochain va être sinistré pour la jeunesse"


"Un festival de 5 000 personnes assises et à bonne distance, ça n'est pas un festival. Ça touche qui en réalité ? Essentiellement les festivals de musiques actuelles, qui attirent un public plus jeune que les festivals de jazz ou de théâtre. Les autres esthétiques musicales, électro, rap ou metal n'existeront pas l'été prochain. Je ne blâme pas la ministre, la situation sanitaire est ce qu'elle est et Roselyne Bachelot a eu le courage de prendre des décisions. Mais l'été prochain va être sinistré pour la jeunesse. Et les festivals, contrairement à ce que je peux lire, ne seront pas sauvés", a réagi Ben Barbaud, créateur du festival du Hellfest, festival de metal. Sa décision serait prise, le Hellfest n'aura pas lieu cette année, selon Ouest France. Le festival des Solidays n'avait de son côté pas attendu les annonces de la ministre de la Culture pour annuler son édition 2021.

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