Face à l'épidémie, la star irakienne Ilham al-Madfaï chante l'espoir

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La star de la chanson irakienne Ilham al-Madfaï, dans les ruines de la citadelle d'Amman, en Jordanie, le 6 mars 2021
La star de la chanson irakienne Ilham al-Madfaï, dans les ruines de la citadelle d'Amman, en Jordanie, le 6 mars 2021
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© AFP, Khalil MAZRAAWI

, publié le dimanche 14 mars 2021 à 11h05

Après plus d'un an de pandémie qui l'a tenu à l'écart de la scène, la star de la chanson irakienne Ilham al-Madfaï est sorti de son silence cette semaine avec un hymne à l'espoir pour surmonter la morosité ambiante.

Dans son appartement de la capitale jordanienne, celui qui est surnommé "Baghdad Beatle" (le Beatle de Bagdad) en raison de son admiration pour le célèbre groupe pop britannique, s'empare de sa guitare.

"Après l'absence, tu dois revenir, ton rêve est un nuage, ta tristesse est un mirage. Reviens tendrement, ta voix sonne à mes oreilles, laisse la tristesse, oublie le passé", chante l'homme de 79 ans.

Le titre, intitulé "Après l'absence" et publié cette semaine sur YouTube, parle de la nécessité de garder l'espoir en dépit de la pandémie de coronavirus. Ilham al-Madfaï a composé la musique et Omar Sari, un jeune poète jordanien, a écrit les paroles.

Installé en Jordanie depuis 1994, le chanteur irakien a révolutionné la mélodie traditionnelle de son pays au grand dam des puristes mais pour le bonheur des jeunes générations.

En 1967, revenant en Irak après un séjour à Londres, le jeune homme suscite l'émoi en remisant les instruments arabes comme le qanoun, l'oud, la flûte et le violon pour les remplacer par la guitare électrique, la batterie, le piano et le saxophone. 

Il les réintroduira par la suite pour créer une fusion entre les musiques orientale et occidentale. Ainsi, il accompagnera des chansons européennes avec des instruments arabes et inversement.

- "Poésie ancienne" -

"Dans la musique arabe, l'introduction instrumentale est interminable et la mélodie triste. Moi, je réduis l'ouverture et je choisis l'instrument qui va imprimer un rythme gai", explique-t-il à l'AFP.

"En dehors de celles que j'écris, les paroles de mes chansons sont généralement issues de la poésie ancienne et des chants folkloriques. Je les interprète en y mêlant toutes les influences musicales que je découvre", dit-il. Il a ouvert la voie à de nouveaux chanteurs qui se sont inspirés de sa musique.

"Tout ce que j'ai fait, c'est renouveler la vieille chanson irakienne afin qu'elle (...) résiste à l'usure du temps. Je crois avoir ainsi sauvé de l'oubli des chansons du patrimoine irakien", explique le musicien.

"Tout le monde chantait chez nous, hommes, femmes et enfants. J'ai grandi dans l'amour de la musique", confie-t-il, nostalgique des années 1950 où l'art était florissant à Bagdad.

Dans son appartement d'Abdoun, quartier chic d'Amman, où se mêlent livres, tableaux et une grande photo de sa femme décédée, Ilham al-Madfaï passe son temps à dessiner, composer de la musique, écrire de la poésie et chanter.

"Nous devons continuer à chanter en toutes circonstances pour envoyer un message d'espoir au monde car la musique est la langue des peuples. Elle traverse les frontières", assure-t-il.

Mais l'artiste ne cache pas sa frustration d'être éloigné de son public.

- Chanter à Bagdad -

"Si l'épidémie continue, je chanterai sur mon balcon comme les Européens l'ont fait (...) La vie doit continuer", lance-t-il.

Contraint d'annuler en 2020 des concerts au Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Suède et dans le Golfe à cause de la pandémie, M. Madfaï s'est produit sans public en mai dans l'amphithéâtre romain d'Amman. Le concert a été retransmis par des télévisions irakiennes et jordaniennes.

Mais son désir le plus ardent, c'est de retourner chanter à Bagdad. "Nous avons tous quitté notre pays pour diverses raisons. Je vis en Jordanie mais je suis resté un Irakien que tout rattache à son sol natal", explique-t-il.

Et celui qui s'est produit dans les salles prestigieuses comme le Royal Albert Hall et le Queen Elizabeth Hall à Londres ou le théâtre Trianon à Paris, veut un jour chanter dans un petit café de Bagdad, al-Zahawi.

A ses débuts, ce café ouvert en 1917 et situé sur la célèbre rue Moutanabi accueillait la crème des chanteurs du maqam, la musique traditionnelle irakienne, comme Mohammad Al-Qubanji et Youssef Omar.

"C'est dans cette petite rue Moutanabi, où se croisent écrivains, intellectuels, musiciens et artistes de toutes religions, et qui respire la culture, que je rêve d'aller chanter après la pandémie", confie le chanteur.

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