Fabienne Verdier, de Chine en France, en quête d'expériences picturales

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La peintre française Fabienne Verdier devant l'un de ses oeuvres, "Yuan : retour aux sources vives" (2009), à l'occasion de la rétrospective "Sur les Terres de Cezanne" au musée Granet d'Aix-en-Provence, le 9 octobre 2019
La peintre française Fabienne Verdier devant l'un de ses oeuvres, "Yuan : retour aux sources vives" (2009), à l'occasion de la rétrospective "Sur les Terres de Cezanne" au musée Granet d'Aix-en-Provence, le ...
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© AFP, GERARD JULIEN

, publié le vendredi 08 novembre 2019 à 08h05

"En France, on m'avait enseigné la peinture figurative et le chevalet, en Chine on peint à la verticale par introspection". La peintre française Fabienne Verdier poursuit depuis 40 ans sa quête d'expériences picturales qui l'a conduite sur les traces de Cézanne.

Déjà exposée à Londres, Singapour ou Lausanne, cette artiste bénéficie pour la première fois d'une rétrospective en France, à Aix-en-Provence. Elle expose ses toiles abstraites inspirées de la calligraphie chinoise jusqu'à ses dernières oeuvres réalisées après une immersion de plusieurs mois dans les paysages chers au peintre Paul Cézanne (1839-1906), au pied du massif de la Sainte-Victoire en Provence. 

Née à Paris en 1962 dans une famille qu'elle décrit comme "bourgeoise catholique", Fabienne Verdier a connu une enfance "très dure à vivre" après le divorce de ses parents. Mais "l'art a donné un sens à mon existence", ajoute-t-elle. 

Son père, artiste, est le premier à lui enseigner la peinture, à six ans. Elle en a 15 quand elle quitte Paris pour vivre avec lui, à la campagne, dans le Sud-Ouest. "C'était à la dure, mais j'ai énormément appris", commente-t-elle.  

Passée brièvement par l'école des beaux-arts de Toulouse où elle "s'ennuie", Fabienne Verdier s'envole en 1983 pour la Chine. Elle s'installe à Chongqing, ville universitaire de la province du Sichuan (sud-ouest) dont elle est alors la seule étudiante occidentale.

Elle y rencontre son "maître" Huang Yuan auprès duquel elle apprend durant 10 ans. Une expérience de vie difficile qu'elle a raconté dans son livre "Passagère du silence".

En Chine, Fabienne Verdier apprend à peindre debout. "On est à la verticale, avec une réserve de couleur dans le pinceau, c'est une toute autre approche". 

Rentrée en France, en 1993, elle multiple les expériences: "J'ai agrandi les pinceaux pour faire travailler le corps."

Elle pratique le "walking painting", la marche sur la toile. Elle applique un immense pinceau de deux mètres, fait de crins de cheval accrochés en touffes épaisses, à une poulie. 

Pour libérer le geste, l'artiste en coupe bientôt le manche. Elle le remplace par un guidon de vélo qu'elle manipule à la main pour le faire danser au-dessus de la toile. 

"L'invention de nouvelles techniques, fait chez elle partie de l'acte créatif", explique son ami le linguiste Alain Rey.

- "Elle devient pinceau" -

"En coupant le manche, en mettant un guidon, elle devient le pinceau, c'est fondamental. Cela lui permet de garder l'immédiateté, la spontanéité du geste", renchérit Bruno Ely, conservateur du musée Granet d'Aix-en-Provence.

C'est grâce à lui que 30 ans après s'être éloignée de la peinture figurative, Fabienne Verdier décide de sortir de son atelier pour peindre dans un paysage naturel et "revenir sur le motif pour voir ce qui se passe".

Inscrivant ses pas dans ceux de Cézanne, elle installe son atelier nomade, près de 300 kilos transporté à dos d'homme et d'âne, sur les flancs de la Sainte-Victoire. 

"Je ne dormais plus, je cherchais une solution pour apporter mon propre regard, capter les forces à l'oeuvre sans peindre la représentation figurative de la montagne", se souvient l'artiste. 

A force d'immersion, Fabienne Verdier "accueille" les éléments qui s'associent à son geste et au pinceau. 

"Le vent, la pluie, la grêle cherchaient à construire des fractales dans la matière de ma peinture". Sur une toile, le mistral a creusé des crevasses dans la peinture.

"Aller au motif, ça a été une vraie césure dans son oeuvre", ajoute Bruno Ely. L'artiste parle de "vraie révolution".

Pour ses tableaux de la Sainte-Victoire, elle a choisi le noir. "J'ai voulu prendre les terres de la vallée de l'Arc" proche de la montagne, où dominent les ocres mais "j'ai dû tout détruire, on lisait plus dans le spectre du noir que dans l'illusion de la couleur".

Dans trois des toiles, les "nocturnes", ajoutées à l'exposition d'Aix-en-Provence --qui se poursuit jusqu'au 5 janvier 2020-- un bleu cobalt profond domine. 

Après Aix et une grande exposition à Londres, au printemps 2020, Fabienne Verdier compte "s'enfoncer dans (son) atelier pour continuer d'explorer les montagnes bleues, les cobalt".

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