Exposition : comment le Japon a impressionné Monet et Van Gogh

Exposition  : comment le Japon a impressionné Monet et Van Gogh

La célèbre estampe « Sous la vague au large de Kanagawa » de Hokusai, achetée par Monet, fait partie des oeuvres présentée dans l'exposition « Japonismes Impressionnismes ».

leparisien.fr, publié le dimanche 15 avril 2018 à 11h29

Le musée de Giverny (Eure) confronte l'Ouest et l'Est, Monet et Hokusai, Van Gogh et Hiroshige, dans «Japonismes Impressionnismes». Un régal.

Avril, ne te découvre pas d'un fil, et admire myosotis, pâquerettes, pensées, monnaies du pape et pastels du teinturier dans le jardin de Monet. Poésie des fleurs de printemps. Voilà une première raison d'aller à Giverny (Eure), et les touristes américains qui se précipitent dans la propriété du peintre des Nymphéas, ce mardi, le savent bien.

Ne commettez pas la même erreur qu'eux : pressés par le temps, peu s'arrêtent au musée des Impressionnistes, situé cinquante mètres avant la maison Monet, dans la petite rue du village où il fait bon aussi déjeuner sous la tonnelle.

La bonne nouvelle, c'est que ce musée, qui présente « Japonismes Impressionnistes », n'est pas pris d'assaut. On y respire le grand air, le grand art, devant des chefs-d'œuvre réunis par Marina Ferretti, la directrice scientifique depuis une dizaine d'années, qui lui a donné son âme : l'impressionnisme est une science humaine, donc perfectible.

Les « Nymphéas » sont une série de peintures à l'huile de Claude Monet influencées par l'art japonais. Vernon, musée de Vernon

Elle va toujours chercher le détail insensé, le tableau introuvable, comme ici « Pommiers en fleur au bord de l'eau », un Monet d'une collection particulière, presque jamais vu. Marina Ferretti, qui prendra sa retraite dans quelques mois, connaît les collectionneurs du monde entier, et concocte une sorte de bouquet final.

Abandon de la perspective classiqueLe japonisme fut une folie française. Dans les années 1880, on achète estampes, kimonos, éventails au Bon Marché. Ça ne coûte rien. Les peintres sont fascinés. « Ils se débarrassent du modèle antique grâce au modèle japonais », résume la spécialiste.

On abandonne la perspective classique pour une juxtaposition de plans spectaculaires, comme cette vague géante de Hokusai, qui engloutit deux barques, avec le mont Fuji à l'horizon. Cette icône de l'art japonais, Monet en acheta une estampe qui est dans l'exposition.

Un peintre hollandais, Breitner, se lance dans une série de modèles avec kimono. Les geishas remplacent les demi-mondaines dans l'imaginaire de Toulouse-Lautrec et ses amis.

L'exposition montre des éventails peints par des artistes français à la mode japonaise : on les offrait à l'épouse, la maîtresse, une belle-mère... On y découvre, la petite touche encore de Marina Ferretti, un chef-d'œuvre de Giuseppe de Nittis, peintre un peu oublié mais qui participa à la première exposition impressionniste. Pissarro, qui tirait le diable par la queue, a aussi peint beaucoup d'éventails : « Ça se vendait bien », décrypte l'experte.

« Saint-Briac. La Garde-Guérin. Opus 211 » de Paul Signac. Le peintre signe des paysages qui ressemblent à des ermitages sur des îles reculées du Japon. Peter Schälchli/Remagen, Arp Museum Bahnhof Rolandseck/Collection Rau pour UNICEF

L'étincelle naît de frottements plus précis. Chaque impressionniste collectionne « son » japonais fétiche : Hokusai pour Monet, Utamaro pour Van Gogh, Hiroshige pour les deux.

Ils en achetaient aussi facilement que des cartes postales. Les tableaux des Impressionnistes se nourrissent de sérénité, d'épure et parfois de sensualité nippone, comme Mary Cassatt qui reproduit le dos nu d'une geisha à sa toilette.

« Le Bec du Hoc, Grandcamp » de Georges Seurat. Tate, Londres, Dist. RMN-Grand Palais/TatePhotography

Henri Rivière va jusqu'à réaliser « 36 vues de la tour Eiffel » - deux sont présentées ici - sur le modèle des « 36 vues du mont Fuji », de Hokusai. Manet peint un chat noir chat blanc d'un japonisme très manga.

Signac et Seurat signent des paysages qui ressemblent à des ermitages sur des îles reculées de l'archipel. C'est pourtant la Normandie et non Hokkaïdo. Un flou impressionniste, fou et fusionnel.

« Japonismes impressionnismes », Musée des Impressionnistes Giverny (Eure), 10h-18h, 3,50-7,50€, jusqu'au 15 juillet, www.mdig.fr

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