Eric Zemmour, sulfureux et omniprésent dans les médias

Eric Zemmour, sulfureux et omniprésent dans les médias
Éric Zemmour. Photo prise le 6 janvier 2015.

AFP, publié le vendredi 21 septembre 2018 à 19h51

Paris Première mise en demeure, C8 au centre des critiques: le polémiste Éric Zemmour continue de lancer ses déclarations sulfureuses sur tous les écrans malgré des condamnations pour incitation à la haine.

Après Canal+ et RTL, Paris Première est devenu le troisième média mis en demeure par le CSA pour des propos tenus par Éric Zemmour.

À l'occasion d'un débat sur l'immigration en janvier 2018, Éric Zemmour avait "tenu de façon systématique des propos stigmatisants à l'égard des migrants de confession musulmane", explique le CSA dans sa décision rendue le 12 septembre.

Le régulateur a multiplié les mises en demeures ces dernières années à l'encontre de médias qui n'ont pas "maîtrisé leur antenne" face aux propos du polémiste. Éric Zemmour, 60 ans, a par ailleurs été condamné en 2011 pour provocation à la haine et en mai 2018 pour provocation à la haine religieuse. 

Le polémiste garde pourtant une chronique hebdomadaire dans Le Figaro, ainsi que son émission chaque semaine avec Éric Naulleau sur Paris Première. Surtout, chacun de ses livres, publiés chez Albin Michel, est un succès de librairie.

- "Une bête de scène" -

"Ce qui plaît, c'est que c'est une bête de scène", explique le sémiologue François Jost. "Il rappelle Georges Marchais ou Jean-Marie Le Pen, le spectateur peut être en désaccord avec lui, mais trouve que le spectacle est bon".

Deux jours après la décision du CSA, Éric Zemmour était sur le plateau des "Terriens du dimanche" de Thierry Ardisson, déjà sermonné par le CSA pour un de ses passages en 2010. Il s'attaquait cette fois-ci au prénom de la chroniqueuse Hapsatou Sy, une "insulte à la France" selon lui. 

La société de production avait coupé l'extrait avant la diffusion de l'émission de Thierry Ardisson ce dimanche mais la chroniqueuse l'a diffusé sur les réseaux sociaux. La mécanique Zemmour a alors marché à plein: le CSA avait reçu vendredi 220 signalements concernant cet extrait qui, diffusé sur internet, n'est pas de son ressort. 

Hapsatou Sy a lancé une pétition pour faire interdire le journaliste sur les plateaux, signée par plus de 100.000 personnes en 24H.

Des élus sont montés au créneau: "les médias invitent Zemmour pour créer le buzz car ils savent qu'il va déraper", a condamné le sénateur communiste Fabien Gay. "Il faut toujours rappeler que les propos racistes ne sont pas une opinion mais un délit".

Même la ministre de la Culture Françoise Nyssen a pris position sur Twitter: "aujourd'hui, je le dis : je m'appelle Hapsatou Nyssen", a lancé la ministre jeudi dans un discours sur la diversité au cinéma.

- "Il a pété un câble" -

 

"Je persiste et signe", a rétorqué Éric Zemmour, invité sur RMC vendredi. "Il faut qu'ils aillent plus loin ces gens. Il faut demander mon exil, que j'aille à Sainte-Hélène (...) Que l'on m'enferme, qu'on réinvente le goulag".

"On ne peut pas l'interdire sur les plateaux, il se poserait en victime", considère François Jost. "Mais un média qui verrait son image ternie pourrait arrêter de le salarier". 

La chaîne iTELE s'est en effet séparée du polémiste en 2014 après des propos controversés sur l'islam. A la rentrée 2018, RTL a également supprimé sa chronique après avoir été mise en demeure en 2017 pour un "éloge de la discrimination" qu'il avait prononcé, selon le CSA. 

Jointes par l'AFP, ni la direction de M6, propriétaire de Paris Première, ni celle du Figaro n'ont souhaité s'exprimer vendredi. M. Zemmour n'était pas joignable.

"Il a pété un câble, c'est évident" a jugé mardi Laurent Ruquier, qui avait fortement contribué à sa notoriété en le gardant comme bretteur pendant 5 ans dans "On n'est pas couché". "Mais à l'époque, quand on l'a pris, c'était parce qu'il représentait une partie de la société française, mais on ne pensait pas que le monstre allait en sortir", s'est défendu l'animateur sur France Inter.

"Cette question des prénoms, ce n'est même pas un débat de gauche ou de droite", a commenté sous couvert d'anonymat un journaliste qui l'a bien connu. "Ses sorties à la TV, quelles que soient leur forme, ont pour but de faire du buzz et de vendre".

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