Elliott Murphy, le chanteur rock and folk qui a frôlé la gloire

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Le chanteur et musicien Elliott Murphy, à Paris, le 29 décembre 2020
Le chanteur et musicien Elliott Murphy, à Paris, le 29 décembre 2020
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© AFP, STEPHANE DE SAKUTIN

, publié le mardi 19 janvier 2021 à 14h37

Ils sont amis, tous deux chanteurs de rock américains et partagent de nombreux points communs: même âge, mêmes origines banlieusardes new-yorkaises, même veine littéraire. Mais Bruce Springsteen est devenu une star et Elliott Murphy, désormais Parisien, n'a que frôlé la gloire.

Quand le Boss remplit les stades, Elliott Murphy se contente de faire salle comble au New Morning. Springsteen n'a cependant pas oublié: chaque fois qu'il passe à Paris, il l'invite à le rejoindre sur scène.

"Il y a entre eux un côté frères d'armes", dit François Gorin, journaliste à Télérama. 

"J'étais à l'un des premiers concerts à New York (de Springsteen: ndlr), le 31 janvier 1973, au Max's Kansas City. Il y avait peut-être une cinquantaine de personnes", se souvient Elliott Murphy, qui a publié fin 2020 ses Mémoires intitulées "Just a story from America" (éditions Du Layeur), comme son quatrième album paru en 1977.

1973: l'année où ces deux chanteurs --qualifiés alors tous deux par la critique de "nouveau Dylan"-- publient leur premier album, à 24 ans.

Cette anecdote figure dans les Mémoires d'Elliott Murphy, qui en fourmille sur ces "mid-seventies" durant lesquelles il fut un acteur privilégié du rock'n roll de New York City.

- Mick Jagger comme voisin -

Il devient alors l'ami de Lou Reed, originaire comme lui de Long Island, fréquente les New York Dolls, Patti Smith, croise John Lennon, rencontre David Bowie...

"Lorsque j'habitais dans la 72e rue, à côté de la 2e Avenue, juste en face de moi a habité Mick Jagger pendant deux ans", dit-il à l'AFP.

Les qualités d'écriture de cet amoureux de F. Scott Fitzgerald sont repérées: il signe en 1974 les textes de la pochette du disque "1969: The Velvet Underground Live".

"Elliott Murphy est un genre en soi, un auteur-compositeur très inspiré par la littérature, à l'écriture très riche, et un écrivain. Son bouquin +Marty May+ (publié en 2013, ndlr), l'histoire d'un musicien qui passe à côté du succès et de la reconnaissance, est un très beau roman", souligne l'animateur et spécialiste du rock, Antoine De Caunes.

Cette période où il se construit comme musicien fournit la matière essentielle à ses Mémoires.  

"Les débuts d'une carrière, c'est le plus intéressant parce que ma vie change beaucoup, tout de suite, après mon premier disque", raconte Elliott Murphy, toujours élégant à 71 ans, cultivant cette image de dandy mi rock-mi romantique, coiffé d'un chapeau sur le bandana qui retient ses longs cheveux. 

- "Comme le messie" -

"Avant ça, je suis anonyme, complètement. Mais en l'espace de six mois, j'ai ma photo dans Newsweek, sur des affiches dans le métro de New York", se souvient-il, nostalgique mais pas amer. Il remercie un père trop tôt disparu de lui avoir "toujours ouvert la porte de la liberté pour que je devienne un artiste".

Mais son premier disque "Aquashow", pourtant favorablement accueilli par la critique, ne décroche pas le hit.

Les majors vont néanmoins continuer à le soutenir. En vain: le succès, si ce n'est d'estime, lui échappe. Après "quatre albums remarquables" selon François Gorin, Elliott Murphy va disparaître du devant de la scène.

"Plus le temps passe et plus il se rend compte que cela a été son âge d'or et surtout le moment où ça a failli marcher. Mais failli seulement", explique François Gorin. "A l'inverse d'un Springsteen qui a taillé son filon et qui était un +hard working man+ (un très gros bosseur: ndlr), une véritable bête de scène".

Après quelques années "difficiles", Elliott Murphy rebondira en Europe, où il compte un public de fidèles.  

Le rocker littéraire habite depuis 1991 à Paris, près du Grand Rex, avec sa femme Françoise et leur fils, Gaspard, devenu son producteur.

"La première fois qu'il est venu à Paris pour un concert au Palace, en 1979, on l'attendait comme le messie", se souvient François Gorin.

Cet artiste continue d'y parfaire son répertoire, entre sophistication et énergie rock.

"La force d'Elliott est qu'il est toujours resté fidèle à lui-même. Et quelqu'un qui fait toujours la même chanson finit par en faire une chanson parfaite", affirme Antoine De Caunes. 

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