"Douleur et Gloire", le film le plus introspectif d'Almodovar

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Photo archive du 12 mars 2019 montrant Pedro Almodovar à Madrid
Photo archive du 12 mars 2019 montrant Pedro Almodovar à Madrid
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© AFP, GABRIEL BOUYS
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AFP, publié le vendredi 22 mars 2019 à 16h48

Sorti vendredi en Espagne, "Douleur et Gloire" est le film le plus intime de Pedro Almodovar en quarante ans de cinéma, centré sur un réalisateur mélancolique incarné par Antonio Banderas.

Le cinéaste espagnol s'est promis de ne jamais publier d'autobiographie mais admet qu'il s'est mis à nu émotionnellement dans ce 21ème film qui aborde - sobrement, presque pudiquement - l'amour, le deuil et la réconciliation.

"J'avais besoin de porter un regard très introspectif, y compris sur la partie la plus sombre de moi-même, et de mélanger ça avec les souvenirs les plus lumineux de mon enfance", a-t-il expliqué sur la télévision publique espagnole.

Un enfant qui se découvre homosexuel dans son milieu rural et catholique, deux hommes mûrs qui s'embrassent à pleine bouche tendrement... Son monde intime se trouve condensé dans ce long métrage, qui passe au scanner les émois et les regrets d'une vie, sans les outrances du mélodrame.

"Je suis maître de mes histoires et j'impose mon univers avec toute la fierté et toute l'arrogance que cela autorise, et dans mon univers il y a deux messieurs âgés qui s'embrassent avec passion, et juste après l'un retrouve sa vie avec sa femme et ses enfants", a raconté le cinéaste au média espagnol eldiario.es.

- Banderas 'mon Mastroianni' -

Almodovar prend de nouveau plaisir à filmer la démarche ou le visage de son actrice fétiche, Penelope Cruz, à laquelle il confie un rôle imposant, celui de la mère jeune, qui ploie sous les soucis mais s'illumine soudain en chantant au lavoir.

L'actrice espagnole Julieta Serrano, qui apparaissait déjà dans son tout premier film "Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier" (1980), représente gravement la mère âgée. Celle qui fait répéter ses instructions pour son enterrement. Celle qui insiste, en vain: "je ne veux pas que tu mettes quoi que ce soit de moi dans tes films"...

A 69 ans, Almodovar s'est choisi pour double Banderas, de onze ans son cadet. L'acteur adopte son épaisse chevelure blanchie, ses vêtements aux couleurs franches, tout en se gardant de l'imiter. 

"Ça m'a pris du temps de comprendre qu'Antonio était mon Mastroianni le plus légitime", a expliqué Almodovar à El Mundo, en référence au rôle de cinéaste dépressif que Federico Fellini confia à "son" acteur italien (1924-1996) dans "Huit et demi" (1963).

Banderas, acteur lui-même comblé de gloire mais érodé par la douleur depuis qu'il a subi des opérations du coeur dans la vraie vie, parvient à exprimer toute la vulnérabilité d'un créateur cloîtré dans son appartement-musée, dont la vie "perd son sens quand il ne tourne pas"...

- Rosalia au casting -

Un Banderas qui connaît par coeur son ABCédaire almodovarien pour avoir connu le cinéaste dès le début des années 80, en pleine transition de la dictature de Franco vers la démocratie, et tourna alors avec lui cinq films débordant de passion qui le lancèrent, dont "Attache-moi".

Dans la presse, Almodovar s'est employé à corriger certains points de sa fiction, pas totalement fidèle à sa biographie: non, à neuf ans, il n'était pas tombé amoureux d'un maçon comme dans le film, même si cela aurait pu lui arriver, et non, la drogue que découvre son double - l'héroïne - n'a jamais été la sienne, lui qui préférait plutôt la cocaïne.

Grand découvreur d'actrices, Almodovar fait brièvement apparaître à l'écran une chanteuse espagnole qui l'a bluffé, Rosalia, 25 ans, révélation 2018 avec sa fusion de flamenco et de musiques urbaines: le temps d'interpréter une nostalgique "copla", un chant traditionnel, au bord du fleuve de l'enfance.

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