Démission d'un directeur de théâtre sur fond d'affaire de viol présumé

Démission d'un directeur de théâtre sur fond d'affaire de viol présumé
Le directeur du Théâtre des Quartiers d'Ivry Jean-Pierre Baro pose le 1er mars 2019 à Rennes

, publié le jeudi 12 décembre 2019 à 18h01

Le directeur du Théâtre des Quartiers d'Ivry (Val-de-Marne) Jean-Pierre Baro, éclaboussé depuis un an par une affaire de viol présumé, a annoncé jeudi à l'AFP qu'il quittait ses fonctions, au lendemain d'une grève du personnel de l'établissement appelant à sa démission.

Ce genre de démission est rarissime en France depuis le début du mouvement #MeToo en 2017. Au théâtre, il s'agit du cas le plus notable, alors que le cinéma est encore secoué par les affaires Luc Besson et surtout Adèle Haenel et Roman Polanski.

"Je suis au clair avec ma conscience. Je ne renonce à la direction du Théâtre des Quartiers d'Ivry que pour préserver cette magnifique institution, mais je ne laisserai ni salir mon honneur ni fouler au pied ma présomption d'innocence", a affirmé le directeur.

- "Tombereau d'accusations" -

Une plainte a été déposée contre lui en 2018 par une jeune femme et ancienne collaboratrice, pour des faits qui se seraient déroulés en septembre 2011, des années avant qu'il ne prenne la direction du théâtre. Elle a été classée sans suite en mars 2019, faute de preuve. 

Mais dans un blog hébergé par le site Mediapart, le critique de théâtre Jean-Pierre Thibaudat a rendu publique l'affaire en juin de cette année en détaillant les allégations de la jeune femme, qui dit avoir été violée dans son appartement.

Affirmant vouloir faire entendre sa voix "face au tombereau d'accusations et d'injures" dont il fait l'objet, M. Baro a clamé à nouveau son innocence.

"J'ai été longuement interrogé en garde à vue. Une confrontation entre elle et moi a été organisée. Lors de cette confrontation et devant les policiers, il est apparu que je n'avais jamais forcé cette relation", assure le directeur, également metteur en scène, dans le communiqué transmis à l'AFP.

"Je n'ai ce soir-là exercé aucune forme de violence ni de pression. Cette relation, je l'ai vécue comme totalement consentie (...) Ce n'est que sept ans plus tard que j'ai appris qu'elle considérait ne pas avoir désiré cette relation".

"J'ai un très grand respect pour la libération de la parole des femmes et pour leur combat. C'est une cause essentielle. Mais elle est ici dévoyée et se transforme en un lynchage public fait de rumeurs et de délation", a encore ajouté M. Baro.

Une centaine de personnes s'étaient rassemblées mercredi soir au TQI, à Ivry-sur-Seine pour appeler à la démission de Jean-Pierre Baro, évoquant les retombées catastrophiques de l'affaire sur le théâtre.

- "Les réservations ont chuté"-

"Le public déserte nos salles. De nombreux artistes refusent de mettre les pieds au théâtre ou d'avoir affaire à sa direction. Les partenaires territoriaux se désengagent", a indiqué le personnel dans un communiqué.

Un représentant du personnel ayant requis l'anonymat avait affirmé à l'AFP que l'établissement ne pouvait "pas survivre dans ces conditions". Deux spectacles s'étaient retirés de la programmation et au moins trois membres de l'équipe ont claqué la porte, selon lui.

D'après le même représentant, une pièce montée par M. Baro en novembre au théâtre a fait seulement 23% de remplissage. Pire, "les réservations scolaires ont totalement chuté cette année".

Dans son communiqué, M. Baro estime encore que "le plus grave nous concerne tous (...) on peut aujourd'hui mettre socialement et professionnellement à mort quelqu'un sur la simple base de rumeurs dans la presse et les réseaux sociaux, en dépit d'une décision de justice, et sans aucun recours légal possible".

Il a indiqué que sa démission a donné sa "légitimité à une stratégie de la terreur, du bouc émissaire et des lynchages publics".

Metteur en scène de plusieurs pièces, M. Baro avait été nommé par l'ex-ministre de la Culture Françoise Nyssen en juin 2018.

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