De Londres à Aix, tribulations d'un orchestre échaudé par le Covid et le Brexit

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Le chef d'orchestre britannique Simon Rattle dirige lors d'une répétition du London Symphony Orchestra à l'église St Luke à Londres, le 10 juin 2021.
Le chef d'orchestre britannique Simon Rattle dirige lors d'une répétition du London Symphony Orchestra à l'église St Luke à Londres, le 10 juin 2021.
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© AFP, Tolga Akmen

publié le mercredi 23 juin 2021 à 12h58

Un "miracle": le London Symphony Orchestra, le plus européen des orchestres britanniques, n'a que ce mot dans la bouche pour qualifier sa venue cet été au prestigieux Festival d'Aix-en-Provence, après avoir navigué entre Covid et Brexit.

Une résidence de quatre semaines hautement symbolique: l'orchestre, qui dépendait avant le Covid des tournées internationales et notamment européennes pour 40% de ses revenus, se produit pour la première fois hors du Royaume-Uni depuis le début de la pandémie et la sortie officiel de Londres de l'Union européenne le 31 décembre 2020.

Le Festival d'Aix (30 juin-25 juillet) "a été l'un des plus audacieux et courageux des festivals d'été" pour avoir insisté sur la venue des près de cent musiciens, estime Simon Rattle, directeur musical du LSO et le plus célèbre des chefs d'orchestre britanniques.

"Je pense qu'ils s'arrachaient les cheveux ces dernières semaines", confiait-il à l'AFP à Londres quelques jours avant le départ de l'orchestre pour Aix. Il s'agirait d'une des plus grandes formations musicales à se déplacer en Europe en pleine pandémie.

- "Rêves les plus fous" -

Pour le chef d'orchestre star, "c'est un véritable miracle de pouvoir participer" à l'édition 2021 de l'une des manifestations lyriques les plus importantes avec Salzbourg et Bayreuth, et à laquelle le LSO est régulièrement invité depuis 2010. 

Initialement prévu pour l'édition 2020, annulée, le LSO revient pour jouer non seulement un, mais deux opéras: une création mondiale, "Innocence", et un chef-d'oeuvre de Wagner. 

Jouer "un opéra comme Tristan et Isolde dépasse nos rêves les plus fous", commente Simon Rattle.

Un rêve qui aurait bien pu ne pas se réaliser.

"Il y a eu tellement de hauts et de bas durant les douze mois mais toujours avec cette détermination à Aix et chez nous que nous allons y parvenir, quoi qu'il arrive", affirme Kathryn McDowell, directrice générale du LSO.

Dernier rebondissement, l'imposition par la France d'une quarantaine fin mai aux voyageurs en provenance du Royaume-Uni, une mesure levée uniquement pour les personnes complètement vaccinées.

Le Festival d'Aix et le LSO font alors des mains et des pieds pour mobiliser ambassades, préfecture et jusqu'à la ministre de la Culture française Roselyne Bachelot et son homologue britannique Oliver Dowden.

"98% de nos musiciens ont reçu la première dose et jusqu'à 80% la deuxième...ils ont donc fait une mesure de quarantaine spéciale qui est qu'on pourrait se déplacer, la première semaine, entre notre logement et le théâtre et s'acheter à manger mais pas d'aller aux bars et aux restaurants", explique Mme McDowell.

"Nous créons donc une espèce de bulle, pour plus de sécurité", ajoute-t-elle. Des tests seront effectués chaque deux jours.

Si les conséquences de la pandémie semble surmontées, celles du Brexit ne font que commencer.

Depuis le 1er janvier, les artistes britanniques doivent obtenir un visa pour séjourner plus de 30 jours dans l'UE, impliquant de lourdes batailles administratives. En plus, les camions transportant les instruments sont autorisés à trois arrêts maximum au sein de de l'UE en sept jours, avant d'être obligés de revenir au Royaume-Uni.

Le chanteur Elton John a récemment qualifié ces restrictions de "catastrophe" et des musiciens ont prévenu qu'elles pourraient "mettre en péril à l'avenir le succès de la musique britannique".

- Moins international ? -

Ceci va probablement pousser le LSO à revoir son modèle. "L'année dernière, on aurait dû être en tournée pendant 99 jours, ce qui est bien sûr de la folie autant pour la planète qu'en termes d'énergie des gens", indique Simon Rattle. "Mais c'était comme ça que l'orchestre survivait", dit-il, soulignant que les orchestres britanniques "ne sont payés que lorsqu'ils jouent".

"Il faudra trouver un autre moyen financier dans lequel jouer en Europe ne serait pas le principal support", ajoute le chef d'orchestre qui quitte lui-même Londres pour Munich à partir de la saison 2023/2024.

Un crève-coeur pour un orchestre qui compte actuellement une vingtaine de nationalités européennes.

"Depuis sa création, le LSO a été une formation internationale. Ça va le devenir de moins en moins", regrette-t-il, précisant que la nationalité britannique été demandée pour les musiciens français du LSO.

"Personne n'a vraiment pensé aux effets (du Brexit) sur le secteur culturel. Mais bien sûr, personne ne veut aller au désastre", dit-il.

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