De la beauté et "un peu de colère", pour la 1re rétrospective de Yann Arthus-Bertrand

De la beauté et "un peu de colère", pour la 1re rétrospective de Yann Arthus-Bertrand
Yann Arthus-Bertrand à Paris, le 13 mai 2017

AFP, publié le jeudi 27 juin 2019 à 10h57

Des spectaculaires clichés aériens aux portraits plus intimistes, Yann Arthus-Bertrand, "photographe populaire" et défenseur de la planète, revient sur près de 50 ans de travail avec sa toute première exposition rétrospective en France.

"Legacy - l'héritage que nous laissons à nos enfants" s'installe jusqu'au 1er décembre sur le toit de la Grande Arche de la Défense.

"C'est une exposition qui parle de la beauté du monde, la beauté évidente autour de nous", décrit à l'AFP le photographe-réalisateur de 73 ans. "Une exposition engagée" qui montre aussi "ce qu'on est en train de perdre".

Quelque 250 photos ont été sélectionnées: vol de flamants roses au Kenya, femme pêchant dans le delta du Gange... ou glacier en débâcle, casse d'automobiles en Bretagne.

On passe des premières images aériennes prises par le jeune Arthus-Bertrand alors pilote de montgolfière au Kenya, aux portraits d'éleveurs avec leur animal (la série "Bestiaux") en passant par le projet "la Terre vue du ciel" initié en 1992 après le sommet de la Terre de Rio.

"La photo aérienne permet de comprendre très vite un pays, ce que les gens mangent, comment ils se déplacent... D'ailleurs tout le monde en fait aujourd'hui avec les drones", dit celui qui se qualifie de "photographe populaire".

Parmi ses préférées, celles qui "parlent des agriculteurs de subsistance, qui travaillent la terre de leurs mains pour nourrir leur famille, ces 3 millions de personnes qui toutes les semaines dans le monde rejoignent les villes".

"Aujourd'hui je me sens plus journaliste que photographe ou artiste", ajoute-t-il.

Moins connus, il y aura aussi à la Grande Arche des portraits de Français, série entreprise dans les années 80 et qu'il poursuit - avec dernièrement des "gilets jaunes", dont Ingrid Levavasseur "que j'aime beaucoup".

- Mettre "le CAC40 avec nous" -

"Je suis en plein dans la réflexion sur ce que ma génération laisse aux jeunes", dit-il.

"Quand je suis né on était 2 milliards sur Terre, aujourd'hui on est 7 milliards. On est une génération qui a consommé, on est plus riches, plus vieux, il y a moins de mortalité infantile, moins de gens qui ont faim... Mais il y a un prix à payer: on est en train de détruire ce qui nous entoure".

"Quand je suis parti étudier les lions, ils étaient 400.000, aujourd'hui ils sont 20.000. En France on a perdu 30% des passereaux. Et les éléphants... Les derniers chiffres sont inouïs."

"Alors c'est une exposition un peu là-dessus, une exposition où je suis un peu en colère", dit-il encore. Lui qui précise avoir toujours voté écolo depuis la candidature de René Dumont en 1974, fustige les hommes politiques, qui "manquent de courage, d'intelligence", et "cette religion de la croissance qui nous empêche de voir la vérité en face". "Et je sais qu'on n'arrêtera pas la machine", dit-il, tout juste consolé par la mobilisation des jeunes pour le climat.

En colère contre lui-même aussi. Parce que "le responsable c'est moi aussi. Moi aussi, j'ai tellement pris l'avion!"

A la Grande Arche, cinq de ses films seront montrés, dont son favori, "Human" (2015), en version longue.

Aujourd'hui il écrit "Legacy" avec son épouse, un film avec beaucoup d'archives, "à l'économie", où l'ancien cancre passé par 14 écoles raconte sa vie, depuis les lions du Masai Mara qui lui ont appris la photo.

Son autre mission, la Fondation GoodPlanet, qui sensibilise à l'environnement, et dont le siège en pleine nature (bois de Boulogne) est ouvert au public.

Récemment le photographe a été nommé au conseil d'administration de LVMH comme "censeur". Avec l'espoir d'y "amener une petite infusion d'écologie", explique-t-il.

"Bernard Arnault n'a pas la même conscience écolo que moi. Mais ces gens ont tellement de moyens, s'ils veulent s'impliquer ils peuvent changer le monde. Mon rôle n'est pas de refuser de leur parler. On ne changera pas le monde si on ne met pas le CAC40 avec nous."

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