David Hockney à l'AFP: "ma joie vient de la manière dont je regarde le monde"

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David Hockney pose au musée de l'Orangerie à Paris le 7 octobre 2021
David Hockney pose au musée de l'Orangerie à Paris le 7 octobre 2021
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© AFP, Thomas COEX

publié le vendredi 08 octobre 2021 à 10h29

"Ma joie vient de la manière dont je regarde le monde", confie à l'AFP l'artiste britannique David Hockney, 84 ans, l'un des peintres vivants les plus cotés au monde, qui expose sa dernière oeuvre à Paris, une ode à la vie et aux quatre saisons en Normandie.

"Commencez par la gauche", conseille le célèbre octogénaire, à l'éternelle casquette et au regard pétillant de malice derrière ses lunettes rondes à monture jaune. Il vient de découvrir dans son intégralité le résultat de son travail, "A year in Normandie" (Normandie en français dans le titre), exposé à la grande galerie du musée de l'Orangerie du 13 octobre au 14 février 2022, à deux pas des Nymphéas de Claude Monet, qui lui est cher. 

L'hiver, le printemps, l'été et l'automne normands, transfigurés par couches successives de dessins "peints" sur i-pad et imprimés par le pionnier du pop art, illuminent le lieu, tout au long d'une frise de 91 mètres de long sur un mètre de hauteur.

Une explosion de couleurs vives et une expérience quasi-sensorielle où l'on perçoit l'odeur des fleurs de pommiers et de cerisiers, des verts pâturages après la pluie, la rosée du matin et la noblesse de la campagne enneigée, loin de la grisaille intérieure des confinements successifs décrétés en raison du Covid, pendant lesquels il explique l'avoir peinte. 

"La nature est source de tout ! Ma joie ? Elle vient de la façon dont je regarde le monde. Il est magnifique mais il faut savoir regarder avec attention et avec les idées claires. Et pour cela, il faut se débarrasser de tout ce qui nous empêche de regarder", ajoute M. Hockney, vêtu d'un costume sur mesure aux délicates nuances de vert, d'orange et de violet, sur chemise blanche et cravate rouge.

- Quitter Londres -

Il explique avoir choisi la Normandie où il a élu domicile en 2019, "juste après avoir terminé un vitrail pour la reine Elisabeth II à l'abbaye de Westminster" pour "quitter Londres" et sa frénésie, trois ans après le référendum sur le Brexit.

Il se réjouit: "lorsque le confinement est arrivé en mars (2020), ça ne m'a pas gêné du tout. On était juste trois, dans un endroit isolé, et j'ai pu travailler tous les jours, dans la tranquillité pendant presque un an. C'était bon, je pouvais décider en allant me coucher de ce que je ferai le lendemain", raconte-t-il.

Avant cela, il envisage de peindre une nouvelle fois "l'arrivée du printemps", comme il l'a déjà fait dans sa région natale, le Yorkshire, en 2011. "En Normandie il y a plus de fleurs d'arbres fruitiers...J'ai fait 220 tableaux, tous sur i-pad et ça m'a fait un bien fou !", dit-il.

Une production intense, nourrie "d'idées" devant "un merveilleux coucher de soleil sur la Seine ayant la clarté de Van Gogh" ou "la tapisserie de Bayeux", relatant la conquête de Guillaume le conquérant, qui "porte en elle un temps long de création". A "Amsterdam aussi pour l'exposition +Les Joies de la Nature+" montrant l'influence de Vincent Van Gogh sur David Hockney.

"Le printemps finissait, alors j'ai décidé de reporter à 2020. Quand le confinement est arrivé, ils ont annulé les Jeux Olympiques mais on ne peut pas annuler le printemps, il continue sa vie sans nous ! C'est le renouveau par excellence, l'une des plus belles choses en Europe du Nord. Celui de 2020 a été merveilleux et j'espère que beaucoup de gens ont quand même pu l'observer".

- Capturer l'instant -

Dans sa monumentale frise, le printemps est évoqué au "plus près des fleurs d'arbres fruitiers et de leurs feuilles, à leur naissance, puis en prenant du recul à l'arrivée de l'été avec les arbres en entier", explique M. Hockney. "Ensuite arrive l'automne et la chute des feuilles, puis enfin l'hiver, avec un peu de neige". Il "l'attendait". Elle est arrivée en janvier 2021.

Ce jour là, dit-il, "la lumière n'est pas apparue avant 8H30; vers 9H15 je me suis dit que j'allais rester au lit mais soudain il s'est mis à neiger et je crois que j'ai capturé cet instant. Ça a duré 35 minutes environ avec de la neige sur les branches; l'après-midi tout avait fondu".

Sa technique numérique "offre une vue à 360 degrés autour de sa maison", commente Cécile Debray, directrice de l'Orangerie. "C'est un moment privilégié de concentration sur la création avec une touche numérique très abstraite, pixelisée, qui amplifie le caractère réaliste de l'image. A 84 ans c'est sans doute l'un des peintres les plus innovants. Il résout ce que Monet cherchait désespérément: la saisie instantanée d'un motif".

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