Dans le ballet, ces danseurs "sauveurs" de spectacles

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Valentine Colasante, danseuse étoile à l'Opéra de Paris, pose lors d'une séance photo le 15 septembre 2020.
Valentine Colasante, danseuse étoile à l'Opéra de Paris, pose lors d'une séance photo le 15 septembre 2020.
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© AFP, JOEL SAGET

publié le jeudi 09 décembre 2021 à 12h25

Lorsque Valentine Colasante est sollicitée il y a quatre ans pour remplacer une danseuse étoile blessée dans "Don Quichotte", un ballet de trois heures qu'elle avait dansé une seule fois, la ballerine a à peine eu le temps d'angoisser.

"On n'a pas le choix, on y va. Comme il faut sauver le spectacle, on se sent pousser des ailes et l'adrénaline décuple nos forces", raconte à l'AFP la danseuse qui, au terme du spectacle, avait été nommée danseuse étoile, grade suprême dans la hiérarchie du Ballet de l'Opéra de Paris.

C'est un peu, toutes proportions gardées, comme un footballeur sur le banc de touche qui doit sauver un match dans une séance de tirs au but: "il faut de la sérénité et une confiance en soi; c'est le corps qui guide et le cerveau ne réalise pas trop ce qui se passe", ajoute l'étoile qui danse de nouveau dans "Don Quichotte" à l'Opéra Bastille (9 décembre-2 janvier).

- "Faire de la magie" -

Une situation à laquelle sont confrontées souvent les troupes de ballet quand des artistes tombent malades, notamment en cette période de crise sanitaire, ou pire, se blessent en plein spectacle.

C'est exactement ce qui est arrivé en octobre lors de la création mondiale du ballet "Le Rouge et le Noir" à l'Opéra de Paris. Avant même la fin du premier acte, l'étoile Mathieu Ganio se blesse sur scène, et, en quelques minutes, il est remplacé par le premier danseur (grade précédant le titre d'étoile) Florian Magnenet, salué comme le "sauveur" de cette première.

"Très vite, il faut faire de la magie", commente à l'AFP Aurélie Dupont, directrice du Ballet de l'Opéra qui était dans la salle.

"Florian avait appris le rôle et allait le danser à d'autres dates mais il s'est retrouvé avec une partenaire qui n'était pas la sienne. Il était dans les coulisses, il fallait chercher son costume, faire le maquillage à l'entracte, donc il y a une espèce de stress", poursuit l'ex-danseuse étoile.

Mais précise-t-elle, il y a aussi "cette envie de sauver le spectacle et de défendre" le travail de la compagnie.

Valentine Colasante avait trois jours pour se préparer à un rôle pour lequel elle était prévue comme remplaçante.

"Ne serait-ce que pour préparer les pointes, essayer les costumes, s'accorder avec le partenaire, les trois jours sont passés", rit la danseuse.

Mais "quand la magie de la scène entre en jeu, il y a presque moins de pression que si on m'avait attendue ce soir-là". 

A chaque compagnie, son propre système. A l'Opéra, Aurélie Dupont prévoit un à deux remplacements par rôle principal, avec une priorité aux étoiles, puis en cas d'indisponibilité, aux premiers danseurs.

Au Royal Ballet de Londres, "les danseurs doivent être dans le bâtiment pour le +half hour call+, explique à l'AFP son directeur artistique Kevin O'Hare, en référence à la demie-heure précédant le spectacle et dédiée à la préparation des artistes.

Il arrive toutefois que les éventuels remplaçants ne soient plus sur place, comme lorsqu'en 2018 une superstar du ballet, David Hallberg, se blesse au début d'un spectacle. 

"J'ai appelé Matthew Ball (alors premier soliste), qui était déjà rentré chez lui. Il a pris un taxi, mis un peu de maquillage, s'est échauffé et a dansé. Ca fait partie du job", se rappelle-t-il.

La pression est moindre dans des ballets comme "Casse-Noisette", à l'affiche actuellement au Royal Ballet et diffusé jeudi dans les cinémas en France, en raison du grand nombre de distributions (10 à 11).

- "Programmés pour ça" -

Pour Laurent Hilaire, directeur de la troupe de ballet du Théâtre Stanislavski à Moscou et ex-étoile de l'Opéra, "+le show must go on+ quoi qu'il arrive. J'ai toujours un couple d'étoiles dans la loge ou en coulisses en cas de problème". 

"Une fois même, une danseuse assise dans la salle a enfilé son costume en cinq minutes; elle n'avait jamais dansé le rôle, juste répété".

"Il y a une conscience chez les danseurs de réagir très très vite, ils sont programmés pour ça", dit-il, soulignant l'opportunité que cela représente pour de jeunes danseurs qui peuvent parfois "monter en grade".

"Un footballeur qui entre sur le terrain pour remplacer un blessé, je crois qu'il est très content, c'est la même chose pour les danseurs remplaçants car leur finalité, c'est d'être sur scène", ajoute M. Hilaire.

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