"Daniel Darc, Pieces of my Life", dans l'intimité de l'ange noir du rock français

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Daniel Darc aux Francofolies en juillet 2012
Daniel Darc aux Francofolies en juillet 2012
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AFP, publié le vendredi 19 juillet 2019 à 08h15

Six ans après la mort de l'ange noir du rock français, le documentaire "Daniel Darc, Pieces of my Life", en salles mercredi, restitue à travers des images inédites et intimes la personnalité complexe et l'extrême sensibilité du poète-chanteur, ex-membre de Taxi Girl.

Le 20 mai 2019, Daniel Darc aurait eu 60 ans. Sûrement bien trop vieux pour un punk de sa trempe, capable de s'ouvrir les veines pour arroser de sang le public en première partie d'un concert des Talking Heads et qui aura passé la moitié de sa vie à s'autodétruire avec le même entrain, avant une résurrection en forme de rédemption artistique qui n'aura duré hélas que dix ans, jusqu'à ce funeste 28 février 2013 où une pneumonie a fini par l'emporter.

"Quand je mourrai, j'irai au paradis/Car c'est en enfer que j'ai passé ma vie". Ainsi chantait sur son disque "Amours Suprêmes" celui qui était finalement animé d'une foi chrétienne plus profonde encore que les stigmates intraveineuses de l'héroïne, qui a longtemps accompagné sa solitude du temps où sa carrière était en lambeaux.

C'est cette traversée du désert, entamée à la fin des années 80, puis le retour en grâce que fut l'album "Crèvecoeur" (2004), que le film de Marc Dufaud et Thierry Villeneuve explore. 

Que ce soit dans sa chambre, où il se confie face caméra et où on le voit aussi écrire, chanter, se piquer, ou dans ses déambulations dans les rues de Paris, on voit dans l'interprète de "Chercher le garçon", gros tube de 1980, un garçon qui lui se cherche encore, ambigu à l'extrême.

- Difficulté majuscule de vivre -

C'est Frédéric Lo, talentueux compositeur et producteur, qui aidera Daniel Darc à retrouver son chemin en façonnant à ses côtés le bien nommé chef d'oeuvre "Crèvecoeur", dans lequel les mélodies pop en apparence légères se drapent des mots empreints de gravité et de souffrance d'un artiste enfin prêt à revenir de l'enfer.

L'excellent accueil critique et public de cet album fut unanime, son auteur s'y livrant comme jamais jusque-là. 

"Forcément ça se passe autour des choses qui m'obsèdent: c'est à dire Dieu et la difficulté majuscule de vivre, d'avoir envie de vivre, qui sont complètement contradictoires avec la foi en Dieu, relève-t-il. Et puis des histoires d'amour foireuses, parce que j'en vécu beaucoup". 

"J'ai essayé de faire des choses musicalement", l'entend on modestement dire en ouverture du documentaire, avant d'ajouter, désabusé, "à chaque fois c'était: +c'est très, très bien mais Daniel Darc, non, non... Il n'est pas bien, il va nous crever dans le bureau+".

Une image "destroy" qui ne l'a pas empêché de vivre une dernière décennie riche artistiquement avec deux ultimes albums "La taille de mon âme" (2011) et "Chapelle Sixteen" (2013).

Comme le souligne à la fin du film Frédéric Lo, avec la perte de Daniel Darc qui a suivi celle d'Alain Bashung en 2009, "une page se tournait dans l'histoire du rock français, une sorte de tradition française, faite de poésie et de rock venu de Memphis, qui n'était plus là".

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