"Complément d'enquête" attaqué par Bolloré: "Tout est vrai", se défend son auteur

"Complément d'enquête" attaqué par Bolloré: "Tout est vrai", se défend son auteur
Les locaux de France Télévisions, à Paris, le 4 septembre 2017

AFP, publié le mercredi 04 avril 2018 à 11h16

Le reportage de "Complément d'enquête" consacré à Vincent Bolloré était-il diffamatoire ? L'auteur de cette enquête diffusée en 2016 sur France 2 a été mis sur le gril mardi par l'avocat de l'homme d'affaires qui a dénoncé un travail journalistique "à charge".

"Tout est vrai dans ce que j'ai dit", s'est défendu son auteur, le journaliste d'investigation Tristan Waleckx, devant le tribunal correctionnel de Nanterre.

Dans ce documentaire, récompensé par le prix Albert-Londres et diffusé en avril et juillet 2016, le journaliste retrace le parcours de l'industriel, de la reprise de la fabrique familiale de papier à cigarettes OCB en Bretagne à la construction de son empire, en passant par la reprise en main de Canal+ et sa présence en Afrique.

Tristan Waleckx, poursuivi dans cette procédure avec la présidente de France Télévisions --absente à l'audience--, a été longuement questionné sur l'"équilibre" et "la prudence dans le propos" dans ce reportage qui lui a demandé six mois de travail. 

Le reporter de 34 ans a répondu avoir voulu "montrer la complexité du personnage" et affirmé avoir essayé à maintes reprises de rencontrer Vincent Bolloré. En vain.

- "Germinal des tropiques" -

Neuf passages du reportage de 72 minutes sont mis en cause par l'entrepreneur, ainsi que par ses sociétés Bolloré SA et Bolloré Africa Logistics, également parties civiles. 

Sont notamment ciblés les extraits consacrés aux activités de la Socapalm, société qui produit de l'huile de palme au Cameroun et dont M. Bolloré est actionnaire. Des sous-traitants, pour certains présentés comme mineurs, payés à la tâche, travaillant sans vêtements de protection et logeant dans des conditions insalubres, y témoignent face caméra.

"Tous" étaient "unanimes" pour dénoncer leurs conditions de travail, assure M. Waleckx. 

"Nous sommes dans l'exploitation la plus misérable qui soit et ça embête Vincent Bolloré qu'on le dise", a dit Me Jean Castelain, avocat de la défense, plaidant la "relaxe" pour un "veilleur de l'humanité" qui "nous dit ce qu'est ce Germinal des tropiques". "Ne privez pas la presse du droit d'enquêter sur les plus puissants d'entre nous", a exhorté le bâtonnier.

Réclamant "150.000 euros par partie civile", l'avocat de l'industriel, Me Olivier Baratelli, a fustigé un portrait "mis en scène", "une charge de la garde montée" contre son client et son empire, repoussant l'accusation de "procédure-bâillon". 

"Lorsque je choisis d'attaquer, c'est que les bornes ont été dépassées", a-t-il assuré. Et d'étriller un "jeune" reporter "épris de ses qualités", à "la malhonnêteté viscérale vissée au corps". 

"Je suis quelqu'un qui doute tout le temps", a rétorqué le reporter en fin d'audience.

Le reportage évoquait également les conditions d'attribution d'une concession portuaire de la ville camerounaise de Kribi en 2015, le journaliste posant la question d'éventuels "passe-droits" ayant profité à Vincent Bolloré. "Le mot +corruption+ n'apparaît jamais dans le sujet", s'est défendu M. Waleckx, reprochant à Me Baratelli de lui "faire dire des choses (qu'il) n'a pas dites, à coup de citations tronquées".

Le ministère public a requis la relaxe pour les extraits du reportage concernant la Socapalm, mais sur le volet Kribi, le procureur a dit ses doutes sur la "bonne foi" du journaliste et laissé au tribunal le soin d'apprécier le caractère diffamatoire de ses propos.

Le jugement doit être rendu le 5 juin.

Lors d'une procédure distincte devant le tribunal de commerce de Paris la semaine dernière, Me Baratelli avait réclamé 50 millions d'euros de dommages et intérêts pour atteinte aux intérêts commerciaux du groupe Bolloré. Une autre procédure en diffamation a également été intentée au Cameroun par la Socapalm contre M. Waleckx et France Télévisions notamment. 

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