Colum McCann et ses fantômes dans l'ancienne prison de Montluc

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L'écrivain irlandais Colum McCann, lauréat 2021 du prix "Montluc Résistance et Liberté", le 4 septembre 2021 à Lyon
L'écrivain irlandais Colum McCann, lauréat 2021 du prix "Montluc Résistance et Liberté", le 4 septembre 2021 à Lyon
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© AFP, JEFF PACHOUD

publié le dimanche 05 septembre 2021 à 15h25

"Je suis sûr qu'il y a des fantômes, ici". L'écrivain irlandais Colum McCann a trouvé à Lyon, dans l'ancienne prison de Montluc, un de ces lieux chargés de mémoire qui le fascinent, peuplés de rêves de liberté et de justice, comme son dernier roman "Apeirogon".

Dans ce livre, deux pères endeuillés par la perte de leur fille, tuée l'une par des kamikazes palestiniens, l'autre par un militaire israélien, s'efforcent de vivre avec les fantômes du passé en échappant aux grilles mentales forgées par le conflit entre Israéliens et Palestiniens.  

L'auteur à succès a visité cette semaine cette ancienne prison, réquisitionnée par la Gestapo pendant la Seconde guerre mondiale et transformée en mémorial en 2010, après avoir reçu le prix "Montluc Résistance et Liberté" pour son septième ouvrage. Ce prix littéraire vise à saluer "ceux qui prônent la liberté et la fraternité, la résistance à l'oppression et au conformisme des dictatures".

L'écrivain ne "parle pas de vrais fantômes, mais de choses qui se produisent dans notre esprit et qui nous reconnectent (...), de choses que nous voyons et qui bousculent ce qui nous construit", explique-t-il à l'AFP.

En visitant le fort Montluc, il assure avoir senti la présence de Bassam Aramin, un Palestinien rencontré près de Jérusalem et devenu depuis, avec son ami israélien Rami Elhanan, un personnage clef de son dernier ouvrage.

- "Des gens incroyables" -

L'ancien détenu "Bassam était là, avec moi, quand je marchais dans la galerie, c'est ce genre de lieu où des gens incroyables ont vécu le pire", a confié l'écrivain âgé de 56 ans lors d'une rencontre avec le public dans le réfectoire de la prison.

Entre février 1943 et août 1944, près de 10.000 "ennemis du Reich" - résistants, communistes, juifs, tziganes... -  ont été internés dans cette prison civile transformée par la Gestapo en centre de transit, étape avant la déportation ou l'exécution. Plus tard, Montluc a aussi reçu des militants algériens du FLN (Front de libération nationale). La section des hommes a fermé en 1997, celle des femmes en 2009.

On visite aujourd'hui la cellule de 4 m2 où séjourna le résistant Jean Moulin en 1943. Et presque en face, celle où Klaus Barbie, chef de la Gestapo surnommé "le boucher de Lyon", fut incarcéré quelques jours en 1983, à son arrivée en France, après son arrestation en Bolivie où il se cachait depuis près de 40 ans.

Dans la vraie vie comme dans son roman puzzle de 1.001 chapitres, "Rami et Bassam parlent de résistance et de liberté, c'est essentiel pour moi", souligne Colum McCann.

La photographe Sarah Moon, qui siège parmi les 15 membres du prix Montluc, ne s'y est pas trompée. "La première sélection comportait au moins 70 livres, j'en ai lu un seul: Apeirogon", confie cette octogénaire espiègle. "Je l'ai lu lentement pour ne pas le finir trop vite et en le refermant je savais que je n'en lirai pas d'autre".

Le producteur américain Steven Spielberg a acheté les droits, Colum McCann attend de découvrir le script.

- Le cœur et l'imagination -  

"J'ai écrit le livre que je voulais écrire, le travail d'un réalisateur de film est d'être loyal à la texture du livre, à ses sentiments, à ses thèmes, c'est à lui de faire son film qui doit venir de son cœur et de son imagination. Moi, mon travail, c'est de continuer à écrire des histoires".

L'auteur irlandais qui vit à New York a commencé plusieurs projets, "un livre sur le Covid, une histoire d'amour", laissés de côté. 

Il se consacre actuellement "à l'histoire de la mère de James Foley", un reporter américain pris en otage en Syrie par des hommes du groupe État islamique (EI) et exécuté en août 2014. 

Colum McCann, qui a débuté dans le journalisme, "aime écrire sur ceux qui surmontent leur deuil", un motif central aussi dans "Apeirogon".

"Je ne sais pas combien de temps cela prendra, un ou deux ans j'espère, mais si c'est cinq, ça ira aussi, dit-il avec son sourire désarmant. Je pourrai écrire un livre par an mais cela n'aurait pas de sens, ce ne serait pas assez bon".

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