Cinéma, musique: le "soft power" français s'étend au royaume saoudien

Cinéma, musique: le "soft power" français s'étend au royaume saoudien

La ministre de la culture Francoise Nyssen signe un accord sur la coopération dans le cinéma avec son homologue saoudien Awwad Alawwad le 9 avril 2018 à Paris

AFP, publié le lundi 09 avril 2018 à 19h06

La France va étendre son "soft power" en Arabie saoudite, avec l'annonce de la première participation du cinéma saoudien au Festival de Cannes et la contribution de Paris au premier orchestre symphonique du royaume ultraconservateur qui mène une offensive de charme auprès de l'Occident.

Au premier jour officiel de la visite à Paris du prince héritier Mohammed ben Salmane, Saoudiens et Français ont multiplié les annonces culturelles, remettant à la fin de l'année les sujets économiques et les signatures de contrats, lors d'une visite du président Emmanuel Macron en Arabie.

Au-delà de ses sphères d'influence traditionnelles -- Afrique, Levant --, la France veut s'investir culturellement dans des pays avec qui elle avait peu de rapports culturels: les Emirats arabes unis où elle a inauguré fin 2017 le Louvre d'Abu Dhabi et aujourd'hui le royaume saoudien.

Lundi "a été signé un accord avec l'Opéra de Paris pour aider l'Arabie saoudite dans l'élaboration d'un orchestre national et d'un opéra", a annoncé la ministre française de la Culture Françoise Nyssen aux côtés de son homologue saoudien Awwad al-Awwad.

La prestigieuse institution assurera "une mission d'audit des installations musicales", selon un communiqué du ministère, sans toutefois donner de précisions sur l'opéra envisagé. 

- Formation de jeunes cinéastes -

En février, l'Arabie saoudite, pays régi par une version rigoriste de l'islam, a annoncé des investissements à des milliards de dollars dans des projets de construction de cinémas et d'un opéra. Celui-ci sera construit à Jeddah, grande ville de l'ouest saoudien située en bordure de la mer Rouge.

Ryad, acteur majeur au Proche-Orient, veut resserrer les liens avec Paris après des tensions liées aux crises au Proche-Orient où le royaume est un acteur majeur, et tente de persuader les pays occidentaux en général d'accompagner la modernisation du pays.

"C'est par la culture que les peuples peuvent se comprendre", a affirmé Mme Nyssen.

En plus de la musique, un accord a été signé avec la Femis, la grande école française du cinéma, pour la formation de jeunes professionnels saoudiens du 7e Art, et avec l'Institut national de l'audiovisuel (Ina) pour la numérisation des archives saoudiennes.

En matière culturelle, la coopération pourrait encore s'élargir, a expliqué Mme Nyssen, soulignant l'importance de la formation des jeunes, "dans un pays où 75% de la population a moins de 30 ans".

Son homologue saoudien s'est dit "très heureux" de ces accords et de cette coopération avec "la France, capitale de la culture et des arts".

"Ces accords sont au coeur de la vision 2030 de l'Arabie saoudite (...) pour que la culture devienne un secteur économique à part", a affirmé M. Awwad en référence au  programme de "MBS" visant à diversifier l'économie du royaume.

- "Partager les histoires saoudiennes" -

Autre annonce, plus symbolique: la première participation de l'Arabie saoudite au Festival de Cannes, avec notamment une sélection de neufs courts-métrages et l'organisation de rencontres professionnelles dans le cadre de la 71e édition (8-19 mai).

Cette participation permettra au royaume de "nourrir ses talents dans l'industrie du cinéma et de partager des histoires saoudiennes avec le monde", s'est félicité Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, cité dans un communiqué de l'Autorité générale de la Culture saoudienne.

Les autorités saoudiennes ont annoncé début mars être prêtes à délivrer des autorisations d'ouverture de salles de cinéma, trois mois après l'annonce de la levée de l'interdiction frappant ce secteur depuis 35 ans dans le royaume.

Un volet archéologique est également au menu de la visite du jeune prince héritier saoudien, qui a dîné dimanche soir avec M. Macron au Louvre: les deux pays doivent signer mardi un accord pour le développement de la région d'Al-Ula (nord-ouest) particulièrement riche en vestiges archéologiques et paysages d'exception et très semblable à la célèbre Pétra en Jordanie.

Cet accord, d'une durée de dix ans, prévoit la création d'une agence dédiée sur le modèle de l'agence France Museum, qui a piloté la mise sur pied du Louvre Abu Dhabi.

Les premiers touristes pourraient être accueillis dans la région "d'ici à 3 à 5 ans".

La visite du prince héritier a été l'occasion de nouveaux appels pour libérer le blogueur saoudien Raef Badaoui, en prison depuis cinq ans.

Interrogé par l'AFP, le ministre de la Culture a parlé d'un "espace pour la critique", tout en évoquant des lignes rouges.

"Il y a des restrictions sur des choses spécifiques et sur lesquelles on ne peut pas faire de concessions. Parler de religion de manière offensante est inacceptable", a déclaré M. Awwad.

"La royaume d'Arabie saoudite, c'est le lieu de pèlerinage de tous les musulmans et on doit respecter cela".

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