"Camp", l'extravagance à travers les âges, exposée au Met de New York

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L'exposition "Camp: Notes on Fashion" au Metropolitan Museum of Art de New York le 6 mai 2019
L'exposition "Camp: Notes on Fashion" au Metropolitan Museum of Art de New York le 6 mai 2019
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© AFP, Kena Betancur, Afp

AFP, publié le lundi 06 mai 2019 à 22h18

Pour son exposition annuelle dédiée à la mode, qui coïncide avec le fameux gala du Met, le Metropolitan Museum de New York revisite l'esprit "Camp", entre extravagance et sophistication, un style qui a pris forme sur plusieurs siècles.

L'exposition est financée, en grande partie, par le gala, qui a lieu lundi soir et rassemble un parterre de stars unique au monde pour lequel plusieurs centaines d'invités sont prêts à débourser chacun 35.000 dollars.

Il est de bon ton de porter, lors du gala, une robe qui corresponde au thème de l'exposition, ce qui donne souvent lieu à de multiplies interprétations. 

Après le catholicisme et la mode ou la technologie et la mode, le Costume Institute, département du musée consacré à la mode, a choisi cette année un thème complexe, intraduisible en français, "Camp".

"Essayer de définir le +camp+, c'est tenter de s'asseoir dans un coin d'une pièce circulaire", disait l'historien Andrew Medhurst.

Bien que de nombreux essayistes, écrivains et historiens aient multiplié les exemples et les références censés illustrer le "camp", le concept demeure insaisissable, et c'est en partie le but.

"Camp est un espace de débat plutôt que de consensus", a expliqué lundi Andrew Bolton, le conservateur de l'exposition et responsable du Costume Institute, lors de la présentation de l'exposition.

Extravagance, maniérisme et humour sont des valeurs qui traversent le mouvement "camp", sans le résumer.

- Le retour du "camp" -

Même ses origines font débat. L'auteure américaine Susan Sontag, dont le Met a choisi l'essai "Notes on +Camp+" (1964) comme point central, remonte jusqu'au XVIe siècle et au peintre italien Caravage.

Mais l'esprit prend vraiment forme au XVIIe siècle, marqué par le faste vestimentaire de la cour de Louis XIV, avec bas, manteau d'hermine ou chaussures à hauts talons et ruban rouge.

L'homosexualité est déjà une composante majeure du "camp", l'exposition reprenant les exemples du frère du roi, Philippe de France, dont l'homosexualité était connue, et celui du Chevalier d'Eon, qui vécut habillé en homme durant la première partie de sa vie puis en femme durant 33 ans.

Le "camp" est mêlé de très près, au XIXe siècle également, au milieu homosexuel, et constitue un réservoir de références secrètes, qui permet d'éviter arrestations et procès, l'homosexualité étant encore hors la loi.

Icône de cette culture, l'écrivain irlandais Oscar Wilde incarne, mieux que personne, le "camp", dandy et transgressif.

"Le +camp+ est, par nature, subversif", explique Andrew Bolton, pour qui il "affronte et défie le statu quo".

La mode a accompagné, de tout temps, le +camp+, en est un des véhicules privilégiés, selon Susan Sontag. "+Camp+, c'est une femme qui marche dans une robe faite de trois millions de plumes", a-t-elle écrit dans son essai.

L'exposition, qui s'ouvre jeudi et s'achèvera le 8 septembre, explore la mode au prisme du +camp+ et le voit chez beaucoup de designers, notamment Alessandro Michele, directeur de la création chez Gucci, partenaire de l'édition 2019.

Pour lui, cette exposition montre "à quel point il est important de se sentir libre" et de créer, pour soi-même, un espace "d'expression et de créativité", a-t-il expliqué lundi lors de la présentation.

Il y a du +camp+ dans certaines robes, vieilles de 100 ans, du couturier français Paul Poiret, mais aussi dans des créations récentes de l'Américain Jeremy Scott.

"On observe un retour du +camp+", souligne Andrew Bolton. "Pas seulement dans la mode, mais dans la culture en général. Le +camp+ a tendance à investir le devant de la scène en période d'instabilité sociale et politique."

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