Brésil: Raquel Potí, des échasses pour dominer la pandémie

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Raquel Poti (G) danse sur des échasses avec ses collègues du collectif des Géants Rêveurs à Rio de Janeiro, Brésil, le 30 avril 2021
Raquel Poti (G) danse sur des échasses avec ses collègues du collectif des Géants Rêveurs à Rio de Janeiro, Brésil, le 30 avril 2021
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© AFP, Carl DE SOUZA
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publié le mercredi 12 mai 2021 à 08h34

Raquel Potí a beau mesurer 1,55 m, elle ne passait pas inaperçue du haut de ses échasses au milieu de la foule du Carnaval de Rio. Mais la pandémie, qui a eu raison de la fête, a poussé la Brésilienne à se réinventer pour maintenir son art vivant. 

A 37 ans, Raquel Poti est fascinée par les fêtes populaires depuis sa plus tendre enfance. 

"Quand j'avais quatre ans, pendant les défilés de la Folia de Reis (fête des Rois mages), j'ai vu un clown qui m'a profondément marquée. J'ai passé ma vie en quête de cette magie", raconte-t-elle à l'AFP.

Une recherche qui l'a menée dans de nombreux pays, à la découverte des cultures populaires, pour trouver finalement sa grande passion: les échasses.

"Les échasses sont un jouet ancestral, un instrument puissant, qui aide à mieux se connaître et donne de la visibilité à des gens qui sont invisibles d'habitude", explique-t-elle.

Cela fait sept ans qu'elle défile sur des échasses lors de cortèges de rue du carnaval et qu'elle donne des cours dans les jardins du Musée d'Art Moderne (MAM) de Rio de Janeiro, avec une vue imprenable sur le Pain de sucre et la Baie de Guanabara. 

Elle a formé plus de 500 élèves et a créé des groupes d'échassiers dans une dizaine de Blocos (cortèges de carnaval de rue) traditionnels de Rio, comme les célèbres Cordão do Boitatá, Cacique de Ramos ou Carmelitas.

Sa renommée lui a permis de trouver d'autres sources de revenus, notamment lors d'événements organisés par des entreprises.

- "Nourrir des rêves" -

Avec la pandémie, fini les cours et l'événementiel, mais pas question pour Raquel Potí de descendre de ses échasses.

Pour continuer à "nourrir des rêves", elle a conçu le "Cortège musical des géants rêveurs", une sorte de long clip de 20 minutes avec des échassiers tournoyant au rythme  du rituel maracatu ou du carimbo dans leurs costumes bariolés.

Tous ces costumes portés par les échassiers sont fabriqués à partir de matérieux recyclables, pour ce spectacle dont la vidéo a été mise en ligne en avril sur youtube (https:www.youtube.com/watch?v=wOnct6Bcc_Y).

"C'est notre façon de faire vivre le carnaval, le plus grand rituel collectif de Rio et sans doute du Brésil, qui n'a pas pu avoir lieu" cette année à cause de la pandémie, souligne Raquel Potí.

- "Soulagement" -

Pour produire ce spectacle en ligne, elle a bénéficié de subventions de la loi Aldir Blanc, entrée en vigueur en juin dernier et baptisée du nom d'un célèbre compositeur brésilien mort il y a un an du Covid-19. 

Cette loi a affecté trois milliards de réais (environ 465 millions d'euros) aux Etats et aux municipalités pour venir en aide aux professionnels de la culture, qui ont vu leurs activités pratiquement réduites à néant en raison de la crise sanitaire. 

Des projets comme celui de Raquel Poti ont aussi été subventionnés grâce à ces fonds, qui ont bénéficé à près de 700.000 personnes.

"Cette loi, c'est comme une lumière au bout du tunnel", dit l'échassière, qui a pu rémunérer 27 professionnels grâce au projet des "Géants rêveurs".

"C'était un soulagement de pouvoir enfin travailler durant la pandémie, après plus d'un an sans rien pouvoir faire", raconte la costumière Alessandra Santhiago.

Avant de monter le spectacle, Raquel Potí avait du mal à joindre les deux bouts. "J'ai passé sept mois chez mes parents à Saquarema (à 120 km de Rio), je dépendais d'eux pour me loger et me nourrir. Et quand je suis revenue à Rio, j'avais du mal à payer mes factures", déplore-t-elle. 

"La pandémie a amplifié les violences et les exclusions dont les Noirs et les pauvres sont les principales victimes. C'était déjà le cas avant la pandémie, mais les gens n'accordaient pas autant d'importance à ces problèmes. Il y a urgence, il faut transformer notre société", conclut l'échassière.

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