Biga Ranx, de la scène reggae au syncrétisme musical

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Gabriel Piotrowski alias Biga Ranx à Tours le 3 novembre 2020
Gabriel Piotrowski alias Biga Ranx à Tours le 3 novembre 2020
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© AFP, GUILLAUME SOUVANT
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, publié le vendredi 13 novembre 2020 à 09h24

Considéré comme l'un des principaux chanteurs de reggae et de ragga français, Biga Ranx, 32 ans, né à Tours dans une famille d'artistes, a évolué vers un style plus électro et urbain dans son dernier album "Sunset Cassette", qui l'ouvre à un public plus large.

Que cela soit sur la "Boîte noire" de Canal+ ou ses lives confinés sur Radio Nova, Gabriel Potriowski, de son vrai nom, livre une musique hybride, où réverbérations et effets de voix sont légions. Et quand on réécoute les chansons de son premier album "On Time" de 2011 et son débit ragga "mitraillette", on saisit à quel point "Biga" (Gaby en verlan) a effectué une mue artistique, chantant essentiellement en français dans un style qualifié de "Vapor Dub" (dub vaporeux). 

Avec un père polonais marqueteur et une mère artiste peintre, Biga Ranx se retrouve "sensibilisé à l'art", fourrant souvent son nez "dans les ateliers de (s)on père et de (s)a mère", explique-t-il, lui qui a grandi dans le quartier populaire du petit Saint-Martin dans le centre de Tours. 

Dans son milieu de skateurs, il écoute les rois du dancehall jamaïcains Sizzla et Anthony B, les grands trios vocaux du reggae "roots" mais aussi du hip hop. 

Tombé "dans l'engrenage de la musique", il passe ses deux stages d'observation au collège chez des disquaires spécialisés. "A 12 ans, il ne sortait pas et passait son temps à écrire des +lyrics+", se souvient son frère aîné, Yanush (janvier, en polonais), producteur de musique électro sous le nom d'Atili.

Biga Ranx arrête ses études dès le début du lycée pour se consacrer à sa passion, baignant dans l'ambiance nocturne et enfiévrée des sound systems.

Quand il prend le micro, il n'hésite pas à manier le "broken English", l'argot jamaïcain. En 2008, sa vidéo avec le Jamaïcain Joseph Cotton fait un tabac, avec plus de deux millions de vues sur Youtube tandis que sa réputation de "bête de scène" lui permet d'enchaîner les festivals. Il se rend trois fois en Jamaïque et se retrouve invité sur scène par "King" Yellowman, un grand nom du ragga.

Mais Biga Ranx n'adopte pas pour autant un look reggae, avec dreadlocks et bonnet vert-jaune-rouge. "Je n'ai jamais revendiqué être un reggaeman, il y a une esthétique dans le reggae qui ne me parle pas du tout", coupe ce grand brun au regard doux, au look de skateur avec pantalon large et petit chapeau rond, père d'une petite fille de cinq ans.

- "Poésie urbaine" -

Sur ses cinq albums, il estime "n'en avoir fait que deux, +1988+ et +Sunset cassette+". "Je ne considère pas les trois d'avant comme des albums, je n'étais pas bien entouré", lâche-t-il, alors qu'il a changé de label (Wagram music/W Lab) pour ses deux derniers albums. Interrogé sur sa transformation stylistique, son frère juge qu'"il a trouvé son truc: c'est de la poésie urbaine rythmée!". 

Autre évolution, l'artiste, qui pratique la boxe anglaise et apprécie la poésie de Musset, a désormais "l'entière main sur la direction artistique" de ses albums et a fait lui-même la pochette de "Sunset cassette". Aussi, une galerie de Tours a présenté fin août une cinquantaine de ses œuvres, qui forment "un univers inspiré de l'art naïf et de l'art brut, plein de couleurs", glisse Elie Veyssière, qui dirige la galerie. 

"Biga, c'est un vrai créateur au sens large", appuie-t-il, soulignant que ses œuvres s'étaient "très bien vendues", y compris en Amérique latine, et que le nouveau maire écologiste de Tours et le conseil départemental s'étaient aussi portés acquéreurs.

Et preuve que Biga Ranx ne veut appartenir à aucune chapelle musicale, il a récemment étonné en adaptant "Petite Marie" de Francis Cabrel dont il est fan. 

"Ce que je veux, c'est faire de la musique qui me correspond. Et c'est toujours agréable de s'entendre à la radio et de voir que ses morceaux marchent", glisse-t-il.

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