«Avec Johnny, j'ai perdu mon deuxième père»

«Avec Johnny, j'ai perdu mon deuxième père»
Luc Vindras, le gardien des guitares de Johnny, s'exprime pour la première fois depuis sa disparition.

leparisien.fr, publié le mardi 12 juin 2018 à 20h03

Luc Vindras s'est occupé pendant trente ans des guitares de Johnny Hallyday. Il parle de son «deuxième père» à l'occasion du 75e anniversaire de la naissance du chanteur.

« Je ne peux plus l'écouter. Cela me fait trop mal au cœur. Cela me remémore tellement de souvenirs, chaque chanson est liée à un souvenir. Se réveiller le matin en se disant qu'il n'est plus là, c'est tellement troublant, ça me tiraille toujours. » Les mots de Luc Vindras, alias « Lucky », sont d'autant plus poignants qu'ils sont rares. C'est la première fois depuis la disparition de Johnny Hallyday que cet homme de l'ombre, qui fut son technicien guitare pendant trente ans, s'exprime.

S'occuper des guitares de Johnny Hallyday, du studio jusqu'à la scène, c'était être le gardien du temple. « C'était comme toucher le Graal, résume Luc Vindras. Johnny et moi partagions la même passion des guitares. Parfois, il me disait : Tu fais attention à mes guitares, hein, Luc. Et je lui répondais : Tes guitares, c'est comme mes enfants. Et ça le faisait marrer. »

Une première rencontre en 1988

Ce Normand de 53 ans, qui travaille aussi depuis longtemps avec Jean-Michel Jarre, a été l'un des rares - ils se comptent sur les doigts d'une main - à rester au service de Johnny pendant trois décennies d'affilée. « J'en ai vu passer des producteurs et des musiciens, sourit-il. Je fais partie d'une petite famille, d'un petit clan, qui a toujours été à ses côtés et le rassurait. Il y avait un côté protecteur dans notre relation, un respect mutuel. Il était plein de petites attentions pour nous. Nous étions proches, c'est sûr, mais je ne me permettrais pas de dire que nous étions amis. Aujourd'hui tout le monde se dit son ami. »

Luc Vindras est entré au service de Johnny « par chance » pour le show « Dans la chaleur de Bercy » en 1988. « C'est la production Camus-Coullier qui m'a appelé, raconte-t-il. Ils avaient un désistement de dernière minute et je venais de finir celle de Cabrel. A l'époque, Johnny était un personnage haut en couleur. Il en jetait. Lors de notre première rencontre, il en imposait avec son regard mais je n'ai pas baissé les yeux. Et ça lui a plu. Il aimait les gens droits, qui ne baissaient pas les yeux. Je lui disais toujours ce que je pensais. Lui aussi. On avait des rapports francs et directs. »

« Travailler pour Johnny, c'était viser l'excellence »

Pendant trente ans, Luc Vindras ne s'est pas seulement occupé de « bichonner les guitares » de Johnny pendant ses tournées. « J'en ai aussi dessiné pour lui spécialement et parfois j'étais présent au début des enregistrements. Pour l'album Lorada, j'ai créé un studio exprès dans le salon de sa maison de Saint-Tropez. Travailler pour Johnny, c'était toujours viser l'excellence. »

Il n'empêche, « Lucky » a assisté dans les années 2000 à un changement radical dans la personnalité de Johnny. « Il s'est beaucoup plus impliqué que dans les années 80, il était présent aux répétitions, disait ce qu'il voulait, musicalement, scéniquement. Il voulait la perfection pour que les gens aient un super show. Et quand il montait sur scène, il dégageait. Dans les coulisses, on voyait l'homme qui donnait ses tripes et ça imposait le respect. C'est un manque, son état d'esprit, sa couleur, ses shows grandioses. J'ai eu la chance de travailler avec un grand homme. »

Luc Vindras l'avoue : « Johnny c'est trente ans de ma vie. C'était un deuxième père pour moi, j'avais beaucoup de sentiments pour lui. Quand il a révélé son cancer, j'étais dans sa loge et je lui ai dit : J'ai déjà perdu un père du cancer, je n'ai pas envie d'en perdre un deuxième. Bats-toi et venge-moi de la disparition de mon père. Ça l'a ému aussi. On n'en a plus jamais parlé. »

Son histoire avec la famille Hallyday continue

« Jusqu'au bout, il a forcé notre respect. Pendant la tournée des Vieilles Canailles, tout le monde a été subjugué par sa force de caractère, malgré le cancer qui le rongeait, il était là sur scène, chaque soir. Jamais il ne se plaignait. On avait mal pour lui. Et on se disait : Mais comment il fait pour tenir ? »

Le jour de sa mort, Luc Vindras était en tournée avec Florent Pagny. « Toute la journée, j'ai eu les yeux pleins de larmes. Tout le monde venait me réconforter. Florent, qui adorait Johnny, m'a dit : Ta place n'est pas avec moi mais là-bas. »

Là-bas, c'était à La Madeleine, pour les obsèques. « Je voulais être là, à son dernier concert, son dernier voyage, auprès de la famille, des musiciens, de Robin (NDLR : Le Mesurier, fidèle guitariste de Johnny, dont Luc Vindras s'occupait aussi)... J'ai proposé à Yarol (NDLR : Poupaud, son directeur artistique) de mettre la guitare de Johnny à sa place, en plein milieu de la scène. J'ai pris sa favorite, la 335 noire, celle de Chuck Berry, du rock'n'roll, qu'il prenait toujours pour les promos, les télés. C'était ma manière de lui rendre hommage. »

« Mais ce qui est beau, c'est que mon histoire avec la famille Hallyday ne s'arrête pas, conclut-il. Je travaille avec David comme régisseur général de sa tournée. On s'est rencontré lorsqu'il est venu chanter avec son père au Parc des Princes en 1993 et tout naturellement on a travaillé ensemble quand il a commencé sa carrière en France. Sur sa tournée, quand il chante Sang pour sang, la chanson qu'il a écrite pour son père, c'est une très belle émotion. »

David Hallyday interprète « Sang pour sang »

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.