Au salon Laval Virtual, l'art s'empare de la réalité virtuelle

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 Une visiteuse porte un casque de réalité virtuelle lors de l'exposition Recto VRso du salon Laval Virtual, le 6 avril 2018 à Laval

Une visiteuse porte un casque de réalité virtuelle lors de l'exposition Recto VRso du salon Laval Virtual, le 6 avril 2018 à Laval

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© AFP, JEAN-FRANCOIS MONIER
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AFP, publié le vendredi 06 avril 2018 à 17h27

Explorer un tableau en 3D, dessiner avec les yeux ou danser avec un avatar... La réalité virtuelle artistique, encore peu prisée par les grands musées et le marché de l'art, est jusqu'à dimanche à l'honneur du salon Laval Virtual.

Quatorze œuvres, sélectionnées par un jury international, sont présentées jusqu'à dimanche dans le cadre de l'exposition Recto VRso, temps fort du salon des technologies et usages du virtuel, où 20.000 visiteurs sont attendus cette année.

"Le numérique n'est pas froid comme on pourrait le penser. Il crée des sensations, apporte de nouvelles formes artistiques très sensibles, des jeux sur l'espace et la perception", explique Judith Guez, artiste et chercheuse, directrice artistique de l'exposition.

Le sculpteur et peintre argentin Julio Le Parc, 89 ans, pionnier de l'art cinétique, présente avec son fils Juan "Sept alchimies virtuelles", une œuvre dans laquelle on plonge avec un casque de réalité virtuelle. Les 14 couleurs du spectre newtonien apparaissent sous forme de billes, virevoltant autour du spectateur qui tente de les saisir. 

Encore novice, Julien Lomet, 25 ans, thésard à l'Université de Rennes-2, propose avec "Numérica" une expérience vertigineuse dans un trompe-l'œil hollandais du XVIIe siècle, qui se transforme en monde surréaliste grâce à l'interaction du spectateur.

"La réalité virtuelle est un médium comme un autre, comme la sculpture ou la peinture", estime le jeune artiste.

Si son œuvre immersive suscite l'enthousiasme du public, Julien Lomet reconnaît que la réalité virtuelle fait encore l'objet d'un certain "dédain" du monde artistique, "un peu comme la photo lors de son apparition".

"C'est un domaine en pleine effervescence, il y a un foisonnement d'artistes" avec "une démocratisation des outils" depuis l'apparition des casques de réalité virtuelle, estime Marie-Hélène Tramus, professeure émérite d'arts et technologies de l'image à Paris-8, elle-même artiste pionnière dans le domaine.

"Cet art virtuel montre le spectateur au cœur d'une expérience corporelle, c'est un art du corps. C'est la continuation de l'art cinétique, de l'esthétique de la participation", ajoute-t-elle.

- "Art éphémère" -

De fait, la plupart des œuvres présentées à Laval réagissent avec le spectateur. L'une d'entre elles, "Anima" d'Elhem Younes, capte le mouvement de l'iris des yeux pour créer un dessin automatique sur un écran.

Dans "Hybrid Sensorium", de l'artiste roumaine Marilena Oprescu, le spectateur est invité à plonger la tête dans une sculpture en forme de goutte bleue qui s'active en fonction de la respiration.

"C'est un art de plus en plus immersif", explique Philippe Franck, historien de l'art, directeur de Transcultures, Centre des cultures numériques et sonores à Mons (Belgique). "On peut s'évader ou prendre des positions critiques dans ces univers imaginaires. Certains artistes utilisent même la réalité virtuelle pour critiquer le technopositivisme à outrance".

A quelques exceptions près, l'art virtuel peine toutefois à se faire une place dans les grands musées et les galeries d'art.

"Les galeries ont besoin de l'aura de l'œuvre unique. Le marché de l'art a des problèmes avec l'art numérique et ses œuvres démultipliables", estime Mme Tramus, qui évoque aussi "l'obsolescence des logiciels et des machines". "C'est un art éphémère finalement", dit-elle.

"La problématique, c'est que l'œil est habitué à un support beaucoup plus classique, particulièrement en France", estime au contraire Valérie Hasson-Benillouche, directrice de la galerie Charlot, une des rares à exposer des œuvres numériques à Paris.

Peu convaincue par la réalité virtuelle, elle estime que "les artistes ne se la sont pas encore appropriée de façon assez aboutie". 

"Il faut la développer un peu plus pour qu'elle devienne plus artistique et moins technologique. Ce qui est intéressant dans une œuvre numérique, c'est de ne pas voir la technologie", conclut-elle.

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