Au Royaume-Uni, les demeures historiques malades du coronavirus

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Le manoir de Kentwell Hall, le 25 mars 2921 près de Bury St Edmunds, dans l'est de l'Angleterre
Le manoir de Kentwell Hall, le 25 mars 2921 près de Bury St Edmunds, dans l'est de l'Angleterre
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© AFP, DANIEL LEAL-OLIVAS

, publié le dimanche 28 mars 2021 à 19h16

Le manoir de Kentwell Hall, dans l'est de l'Angleterre, a survécu à plus de 450 ans d'histoire tumultueuse. Comme de nombreuses demeures seigneuriales, nécessitant souvent de coûteuses rénovations, son avenir est menacé par l'épidémie qui l'a contraint de fermer au public.

Bâti quand les Tudors régnaient sur l'Angleterre au XVIe siècle, l'édifice de briques rouges aux multiples tourelles, dont les terres s'étendent près du bourg de Bury St Edmunds, requiert d'importants travaux de rénovation. Leur financement est compromis faute des revenus générés par les visiteurs ou des événements comme des mariages ou des conférences. 

Son propriétaire Patrick Phillips, ancien avocat qui s'attelle depuis son acquisition en 1971 à maintenir la splendeur des lieux, a vu son chiffre d'affaires de 1,5 million de livres sterling (1,75 million d'euros) en 2019 enregistrer une chute vertigineuse de 90%. 

"C'est extrêmement pénible pour nous d'essayer de gérer cet endroit sans revenus", explique-t-il à l'AFP, plaidant pour une levée plus rapide du confinement.

Des travaux essentiels pour réparer des douves de 730 mètres, qui se sont effondrées à un endroit critique pour la structure, sont impossibles. Et faute de fonds pour les vider et démarrer les travaux, "on ne peut pas évaluer la gravité", déplore Patrick Phillips, évoquant un "vrai désastre". 

Critique envers la feuille de route de sortie du confinement élaborée par le gouvernement du Premier ministre Boris Johnson, il estime que les demeures historiques comme la sienne auraient dû être autorisées à rouvrir plus tôt que le 17 mai, échéance s'appliquant aussi aux musées et à l'intérieur des pubs et restaurants. "Nous souffrons tous inutilement", insiste-t-il.  

- Moisissure et humidité -

En présentant, en février, son plan de sortie du confinement en place depuis début janvier, le troisième décrété au Royaume-Uni depuis le début de la pandémie, Boris Johnson a défendu une approche prudente, affichant son souhait que ce relâchement des restrictions soit "irréversible". 

Mais l'attente est longue pour les demeures historiques, alors que les commerces non essentiels sont autorisés à rouvrir dès le 12 avril. 

"Ce sont des activités essentielles dont la contribution est essentielle", argumente James Probert, un responsable de Historic Homes, organisation représentant 1.500 demeures historiques privées au Royaume-Uni. 

"Ce sont des bâtiments classés très, très importants qui font partie de notre patrimoine national", poursuit-il. "Nous ne disons pas qu'ils doivent autoriser ces activités à rouvrir le 12 avril. Mais nous leur demandons d'au moins l'envisager", et que la décision soit prise "à la lumière d'avis scientifiques raisonnables".

Au total, les travaux en cours dans ces demeures historiques atteignaient 1,4 milliard de livres (1,6 milliard d'euros) en 2019, dont 400 millions étaient considérés comme urgents - un montant qui a gonflé durant la pandémie, selon James Probert, avec notamment des problèmes de moisissure et d'humidité prégnants. 

- "Décimé financièrement" -

Outre l'entretien des bâtiments, leurs 34.400 employés paient aussi le prix fort. Environ 3.000 risquent de perdre leur emploi malgré le système de chômage partiel subventionné par le gouvernement.  

Charles Courtenay, le 19e comte du Devon, dont la famille vit au château de Powderham, dans le sud-ouest de l'Angleterre, depuis plus de 600 ans, se dit également "décimé financièrement" par la crise sanitaire. 

Il doit faire face aux dégâts causés par l'eau au toit du château - même si l'ampleur des dommages n'atteint pas celle subie durant la guerre civile anglaise au XVIIe siècle. Et pour le moment, le soutien financier procuré par l'association de protection du patrimoine Historic England lui a juste permis de contenir les coûts. 

Powderham rouvrira "dès que possible", a assuré Charles Courtenay, soulignant que la majorité des revenus étaient investis dans l'entretien de l'édifice ou sa gestion. 

Il se souvient de l'été dernier, quand il avait pu rouvrir les jardins: cela avait fait du château un "espace communautaire où les gens pouvaient aller et venir". "Nous étions fiers et ravis de pouvoir rendre cet espace disponible" durant cette période "difficile". 

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