Au Liban, des appels à annuler le concert d'un groupe de rock alternatif

Au Liban, des appels à annuler le concert d'un groupe de rock alternatif
(g-d): les musiciens Haig Papazian, Carl Gerges et Hamed Sinno du groupe Mashrou'Leila en novembre 2017 à New York

AFP, publié le mardi 23 juillet 2019 à 12h09

Ils ont été au coeur de la controverse en Egypte, on les a empêché de chanter en Jordanie. Et désormais, les appels se multiplient au Liban pour réclamer l'annulation d'un prochain concert du groupe de rock alternatif Mashrou' Leila.

Avec un chanteur ouvertement gay et des textes engagés disséquant des questions sociales et abordant les problématiques LGBT, le groupe formé en 2008 par des étudiants de l'Université américaine de Beyrouth détonne dans le paysage musical du monde arabe.

Cette fois, le groupe est accusé d'avoir porté atteinte à la sacralité de symboles chrétiens.

Leur prochain concert au Liban est prévu le 9 août lors du Festival de Byblos, station balnéaire prisée au nord de la capitale Beyrouth. Également connue sous son nom arabe Jbeil, la ville est célèbre pour ses églises historiques et sa forte communauté chrétienne, notamment maronite.

L'archevêché maronite de Jbeil a réclamé lundi dans un communiqué l'annulation du concert, dénonçant "les objectifs du groupe et le contenu de leurs chansons", qui "portent atteinte dans leur majorité aux valeurs religieuses et humaines et s'attaquent aux symboles sacrés du christianisme."

Le centre catholique d'information, organisation religieuse qui collabore avec les autorités en matière de censure artistique et culturelle, est également monté au créneau.

"Il n'est pas permis de porter atteinte aux religions sous couvert des libertés", s'est insurgé le père Abdo Abou Kassam, directeur du centre, qualifiant le groupe de "danger pour la société" dans la presse.

A l'origine de la controverse: un article partagé sur Facebook par le chanteur du groupe, Hamed Sinno, illustré par un photo-montage où le visage de la Vierge Marie a été remplacé par celui de la star américaine Madonna.

Le directeur du Festival de Byblos Naji Baz a assuré à l'AFP que les organisateurs "oeuvraient à résoudre la question loin des médias".

Mashrou' Leila s'était retrouvé mêlé en 2017 à un drame traumatisant en Egypte. Après un concert du groupe durant lequel des spectateurs avaient brandi le drapeau arc-en-ciel, symbole de la communauté LGBT, les autorités avaient lancé une vague de répression contre la communauté homosexuelle, procédant à plusieurs arrestations.

En Jordanie, des concerts avaient été annulés en 2016 et en 2017, à la suite notamment de protestations de parlementaires conservateurs.

Le groupe a assuré lundi dans un communiqué qu'il "respectait toutes les religions et leurs symboles", regrettant "la distorsion des paroles de certaines chansons et de fausses interprétations".

Des voix se sont aussi élevées pour soutenir Mashrou' Leila. "Boycottez si vous voulez, c'est votre droit. Mais laissez au Liban la saveur de la liberté", a tweeté l'ex-député de Jbeil Fares Saïd.

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