Au Festival Lumière, un documentaire dénonce le "whitewashing" à Hollywood

Au Festival Lumière, un documentaire dénonce le "whitewashing" à Hollywood
(g-d) L'équipe du film "Crazy Rich Asians", Henry Golding, Michelle Yeoh, Jen Jeong et Constance Wu, le 27 janvier 2019 à Los Angeles

AFP, publié le dimanche 20 octobre 2019 à 13h17

Des acteurs blancs jouant des Asiatiques: cette pratique, courante depuis les débuts d'Hollywood est dénoncée dans un documentaire sur la représentation des Japonais dans le cinéma américain, présenté au Festival Lumière à Lyon.

"L'Ennemi japonais à Hollywood" de Clara et Julia Kuperberg, diffusé également sur OCS, montre cette face moins connue du "whitewashing", fait de faire jouer des rôles de personnes de couleur par des Blancs. 

Tout comme le "blackface" (des caricatures de personnages noirs joués par des Blancs maquillés), le "Yellow face", même principe pour les Asiatiques, a été monnaie courante dans le cinéma américain.

C'est ce que montre ce film, ponctué d'interviews, à travers des extraits de films, de Katharine Hepburn dans "Les Fils du dragon" (1944) à Scarlett Johansson dans "Ghost in the shell" (2017), en passant par Marlon Brando dans "La Petite maison de thé" (1956) ou Mickey Rooney jouant le caricatural Monsieur Yunioshi dans "Diamants sur canapé" (1961).

Si elle a évolué au cours du temps, la représentation du Japonais, elle, est restée caricaturale.

"Avant la guerre, le Japonais est toujours un peu le fourbe", souligne Clara Kuperberg. "Après Pearl Harbor, le cinéma est une arme de propagande, donc le Japonais devient l'ennemi à abattre. Là, il est représenté avec de grandes dents, de grosses lunettes", avant que sa représentation devienne "plus loufoque" après 1947, ou passe par "les geishas avec des jolies fleurs".

En raison du Code Hays, code américain de censure des années 1930 aux années 1960 qui empêche de représenter des couples interraciaux, les histoires d'amour entre Asiatiques et Blancs seront par ailleurs proscrites.

"On s'est rendu compte que ça éliminait de tout le cinéma, jusqu'à la fin des années 60, des personnages principaux noirs ou asiatiques, que ça avait institutionnalisé finalement le racisme", explique Clara Kuperberg.

Il faudra attendre "Crazy Rich Asians" en 2018, rare film au casting 100% Asiatique, pour que la communauté asiatique américaine se sente vraiment représentée.

Auparavant, le choix de Scarlett Johansson pour l'héroïne de "Ghost in the Shell" ou de Tilda Swinton dans "Doctor Strange" (2016) avaient déclenché de vifs mouvements de protestation.

"Il aura fallu les réseaux sociaux, que la communauté asiatique s'élève et dise qu'ils trouvent ça humiliant pour que ça s'arrête", constate Julia Kuperberg.

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