Arcade Fire, la fanfare du rock heureux à Bercy

Arcade Fire, la fanfare du rock heureux à Bercy
Le groupe canadien Arcade Fire en concert au festival des Vieilles Charrues, le 15 juillet 2017 à Carhaix, dans le Finistère

AFP, publié le dimanche 29 avril 2018 à 10h28

Ils sont arrivés comme des boxeurs sur un ring et repartis comme une fanfare dans la rue: les Canadiens d'Arcade Fire, de passage samedi à Bercy, ont prouvé qu'ils formaient un des meilleurs groupes de scène actuels.

Leur retour sur disque l'an passé avec "Everything Now" avait laissé plus d'un sur fan sa faim. Peut-être trop produit, sûrement pas assez brut et souffrant d'un manque de classiques instantanés, cet album méritait cependant d'être jaugé en live. Parce que Arcade Fire n'a tout simplement jamais déçu dans cet exercice.

Pourtant, le groupe mené par le couple Win Butler et Régine Chassagne est bel et bien passé dans une autre dimension sur cette tournée mondiale, bénéficiant de moyens colossaux pour s'exprimer face au plus grand nombre. A Paris, ce fut devant quelque 18.000 personnes toutes acquises à sa cause.

L'entrée en matière, sur le tube disco "A Fifth of Beethoven" immortalisé dans le film "Saturday Night Fever", est digne de celles de boxeurs fendant la foule avant de monter sur un ring. D'ailleurs les trois cordes sont déjà tendues sur les quatre côtés de la scène centrale où s'installent les six membres du groupe, plus cinq musiciens additionnels.

"Everything Now" installe d'entrée une ambiance qui s'annonce festive, mais c'est surtout "Rebellion Lies", l'exceptionnel titre issu du premier album "Funeral", qui fait monter la fièvre de ce samedi soir. Comme à la grande époque, en 2005, où le monde découvrait ébahi ce groupe animé par une urgence rock rarement entrevue, Will Butler et Richard Parry se poussent et se claquent des coups de baguettes de percussion, tels chat et chien fous.

L'énergie est immédiatement au rendez-vous, tant est si bien qu'on craint de voir tant de débauche se payer cash. D'autant que Will Butler, intenable, se jette pour rebondir sur les cordes du ring, tandis que son frère Win, déjà en nage, s'asperge d'eau. 

Mais c'est une des réussites de ce concert que d'avoir savamment dosé moments extatiques avec d'autres plus hypnotiques, à l'image de ce "Here Comes the Night Time", d'abord très caribéen avec son rythme chaloupé et qui finit comme dans un carnaval.

Arcade Fire parcours ainsi de façon assez équilibrée sa discographie, même s'il donne tout de même une large part à son premier opus, avec les incontournables "Haïti", "Neighborhood #1 (Tunnels)", "Neighborhood #3 (Power Out)", qui font chavirer le public.

Le deuxième album "Neon Bible" n'est pas en reste, avec le titre éponyme semblable à un  prêche springsteenien (période "Nebraska"), "No Cars Go" lancé à pleine vitesse et surtout le vibrant gospel rock "My Body is a Cage".

Comme dans un best-of, Arcade Fire enchaîne ensuite par "The Suburbs", avec l'imparable "Sprawl II" sur laquelle Régine Chassagne sonne comme Kate Bush, mais avec des paillettes.

"Reflektor", symbole pas toujours heureux des expérimentations du groupe sous influence Bowie en 2013, trouve ensuite une seconde vie épatante comme si David Byrne était passé par là. Idem pour "Creature Comfort" un des derniers singles en date, pas des plus convaincant, mais qui prend soudain une dimension épique.

En rappel, Arcade Fire fait monter sur scène le musicien camerounais Patrick Bebey et ceux du Preservation Hall Jazz Band, qui assurent leur première partie, sur "Everything now (continued)" et l'hymne "Wake Up". Un final en fanfare qui s'est poursuivi jusque dans la rue, au milieu d'un public qui n'en espérait pas tant. 

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