Après Victor Hugo, le Koweït censure le romancier russe Dostoïevski

Après Victor Hugo, le Koweït censure le romancier russe Dostoïevski
Des Koweïtiens rassemblés devant le bâtiment de l'Assemblée nationale pour protester contre la censure du gouvernement sur des milliers de livres selon eux, à Koweït le 15 septembre 2018

AFP, publié le mercredi 14 novembre 2018 à 14h49

Les autorités du Koweït ont censuré un millier d'ouvrages, dont un classique du grand écrivain russe Fiodor Dostoïevski, lors d'un festival littéraire qui a débuté mercredi dans ce pays du Golfe, selon les organisateurs.

Saad al-Anzi, à la tête du Festival international de littérature du Koweït, a indiqué à l'AFP que le ministère de l'Information avait interdit 948 livres.

Parmi les ouvrages censurés, le roman "Les Frères Karamazov" (1880) de Dostoïevski a pour cadre la Russie du XIXe siècle et questionne la moralité, le libre arbitre et l'existence de Dieu, a-t-il précisé.

Dostoïevski rejoint une liste grandissante d'écrivains censurés dans ce pays arabe du Golfe qui passe pour modéré, mais qui connaît une tendance conservatrice croissante dans la sphère politique et la société.

Ces cinq dernières années, plus de 4.000 livres ont été interdits par le ministère de l'Information, dont le célèbre roman de Victor Hugo "Notre-Dame de Paris" (1831) et "Cent ans de solitude" (1967) du Colombien Gabriel Garcia Marquez, surnommé Gabo par ses fans.

Tous les ouvrages exposés à la 43e édition du festival, qui se poursuit jusqu'au 24 novembre, ont été préalablement examinés par une commission de censure, comme prévu par la législation du pays.

Cette commission, qui relève du ministère de l'Information, travaille en vertu de la loi de 2006 sur "la presse et les publications" qui prévoit des sanctions à l'encontre des éditeurs de littérature et de presse.

Cette loi réprime toute insulte à l'islam ou à la justice, toute menace à la sécurité nationale, toute "incitation au désordre" et tout acte "immoral".

En septembre, des militants ont protesté à deux reprises dans les rues de la capitale contre cette censure grandissante. 

Le Koweït avait été dans les années 1970-1990 un centre actif pour l'édition avec la publication de la revue culturelle "Al-Arabi" diffusée à grande échelle dans les pays arabes et des séries de livres de vulgarisation scientifique, littéraire et autres.

Mais ces dernières années, la Chambre des députés koweïtiens, élue au suffrage universel --ce qui est une exception dans les pays arabes du Golfe--, a été généralement dominée par des élus conservateurs ou tribaux.

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