Après sa plongée dans la société japonaise, Kore-eda veut tourner au plus tôt à Paris

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Le réalisateur japonais Hirokazu Kore-Eda avec la Palme d'or remportée au Festival de Cannes pour "Une affaire de famille", le 19 mai 2018
Le réalisateur japonais Hirokazu Kore-Eda avec la Palme d'or remportée au Festival de Cannes pour "Une affaire de famille", le 19 mai 2018
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© AFP, LOIC VENANCE

AFP, publié le jeudi 31 mai 2018 à 11h20

Lauréat de la Palme d'Or à Cannes pour "Une affaire de famille" (Manbiki kazoku), le réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda poursuit comme une obsession son interrogation sur la famille dans la société, avant de tourner son prochain film en France. Il confie à l'AFP ses intentions et envies. 

Q: En voyant "Manbiki kazoku" (littéralement "La famille chapardeuse"), on s'interroge vraiment sur la notion de famille, c'était le but?

R: "Oui, plutôt que de proposer des réponses, je pense qu'il est plus important d'interroger sans cesse. Cette fois j'ai éclairé la notion de famille en partant du fait qu'au Japon on pense encore très souvent que la famille est unie par les liens du sang, mais qu'est-ce qu'une famille qui est unie par autre chose? Une femme qui devient mère sans avoir accouché?"

"Si cette famille chapardeuse avait été l'objet d'un reportage télévisé, elle aurait été présentée comme une bande de scélérats qui fraude, kidnappe, vole, qui ne commet que des délits horribles, est désocialisée. Mais en plaçant la caméra dans la maison, on voit l'amour qui existe entre eux, leur volonté d'être une famille et ils s'attirent au contraire la compassion. (...) Le tiraillement entre ces deux sentiments est important".

"Au début des années 2000, quand j'allais dans des festivals étrangers, on me disait souvent sur un ton critique qu'il n'y avait pas beaucoup de liens entre films et problèmes de société dans le cinéma japonais. Ces dernières années je pense que le nombre de films qui abordent ces questions a augmenté. (...) Me concernant, il ne s'agit pas de dénoncer, mais de ne pas éviter un problème, la pauvreté, qui existe en toile de fond dans la société japonaise".

Q: Vous êtes aussi documentariste, est-ce une posture différente ?

R: "Non, il n'y a pas tant de différences dans mon rôle en tant que réalisateur de documentaire ou de fiction: découvrir quelque chose, exprimer quelque chose, c'est assez proche. Aujourd'hui, si je réalisais un documentaire, je parlerais des enfants abandonnés. Il y a à Kumamoto (sud-ouest) ce qu'on appelle une boîte à bébés (pour recueillir anonymement des nouveaux-nés, ndlr), c'est rare au Japon. (...) Comment grandissent les enfants dont la vie a été sauvée par des parents avec qui ils n'ont pas de lien biologique?"

Q: Votre prochain film sera tourné en France ?

R: "Il paraît en effet (sourire). En tant que réalisateur vivant à Tokyo, j'ai envie depuis longtemps d'aller voir un peu ailleurs. Au fil des festivals, j'ai eu l'occasion de rencontrer beaucoup d'acteurs et actrices étrangers, et avec certains, a germé l'idée de travailler un jour ensemble. J'ai eu l'honneur d'être sollicité par des actrices françaises. Il n'y a pas d'annonce officielle encore sur ce film, mais je commencerai à tourner cette année. (...) J'ai commencé à y penser il y a plus de 15 ans".

"Je ne connais que Tokyo, c'est un lieu qui m'est familier, donc c'est facile d'y tourner, mais Paris, je ne se pas quelles sont les particularités d'un quartier à l'autre, ce qui sonne juste ou faux. J'ai hâte vraiment d'y aller faire des repérages. Et, quand on ne parle que japonais, il me semble que c'est un gros défi de tourner avec des acteurs étrangers.(...) Mais au fil des auditions, les espoirs ont fini par dépasser les craintes et je pense qu'on peut y arriver."

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