Après 50 ans de scène, Tri Yann tire sa révérence

Après 50 ans de scène, Tri Yann tire sa révérence
Le groupe Tri Yann à Lavau-sur-Loire, le 4 décembre 2019.
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, publié le dimanche 19 janvier 2020 à 15h28

En un demi-siècle, le groupe n'est jamais resté éloigné de la scène "plus d'un mois ou deux".

En près de 50 ans d'une tournée presque ininterrompue, Tri Yann était devenu le symbole du renouveau de la musique bretonne. Le groupe nantais s'apprête à faire ses adieux à la scène, au terme d'une carrière exceptionnelle.

Leur dernier concert, le samedi 28 mars à Nantes, affiche complet depuis des mois. Pour les trois septuagénaires, cette date marquera la fin d'une tournée "commencée il y a 50 ans à Plouharnel" (Morbihan), selon les mots de Jean-Paul Corbineau.

Car "Tri Yann est un groupe de scène, qui n'existe que par la scène" et "le groupe n'a jamais arrêté de tourner plus d'un mois ou deux", précise le guitariste et chanteur, à la grande mèche blanche.


Lors de cette première prestation, en décembre 1970, les trois jeunes hommes ne s'appelaient pas encore Tri Yann et avaient chanté devant une toute petite poignée d'amis, près de Carnac. "On aimait faire les intéressants", se souvient Jean-Paul, alors acheteur pour un supermarché à Nantes. Avec Jean Chocun, assistant administratif à la Compagnie Générale Transatlantique, et Jean-Louis Jossic, prof d'histoire-géo, ils enchaînent les bals bretons, et se font vite appeler les "Tri Yann an Naoned" (les "Trois Jean de Nantes" en breton).

Férus de Bob Dylan ou d'Hugues Auffray, ils s'affairent alors à sortir la musique bretonne et celtique de son ghetto, pour "en faire quelque chose de plus populaire, de plus ouvert", selon Jean-Paul Corbineau. Cette musique était alors vue comme "une musique de ploucs avec des costumes, des coiffes...", se souvient Jean-Louis Jossic, connu pour ses cheveux blonds décolorés en pétard. "Il y avait une image de la Bretagne à la fois belle mais surannée: c'est gentil, c'est beau mais c'est du passé". Avec d'autres, "on a su créer quelque chose à partir de nos racines, en réécrivant dans la continuité de nos ancêtres une expression contemporaine", ajoute l'ancien adjoint à la Culture de Jean-Marc Ayrault à la mairie de Nantes.

Réveil du folklore breton

La greffe n'est pas évidente car les Tri Yann chantent surtout en français et se voient parfois reprocher de ne pas être assez bretons. "On a été critiqués à fond par les ayatollahs du folklore breton, on en a pris plein la gueule", se souvient Jean Chocun. "Ça a été quelquefois difficile à vivre parce qu'on trouvait ça très injuste", ajoute Jean-Paul. Mais le succès populaire étouffe vite les critiques. Leur premier album est écoulé en quelques heures et, dès 1972, ils font l'Olympia, en première partie de Juliette Gréco, puis deviennent musiciens professionnels l'année suivante. 

"Ce qu'ils faisaient, c'était breton mais moderne, actuel. Ils ont été parmi les premiers à réveiller le folklore breton", estime René Abjean, compositeur et auteur de "Bretagne est musique" (CoopBreizh, 2017). "Ils sont partis dans une direction qu'ils ont été les seuls à assumer", souligne Gilles Servat, auteur-compositeur breton, en saluant leur art du spectacle et de la mise en scène.

Le record des Frères Jacques battu

Avec plus de 3 millions d'albums vendus, des concerts au Zénith, à Bercy, et même au Stade de France, la renommée des Tri Yann n'est plus à faire. En France, "jamais un groupe, sans aucune rupture, n'a atteint 50 ans. On bat le record des Frères Jacques, pour qui j'ai une grande admiration", sourit Jean-Louis Jossic.

Les Trois Jean n'ont pas pris la grosse tête pour autant: ils restent disponibles et manient l'autodérision en permanence. "On n'a jamais trouvé naturel et normal le succès qu'on a eu", lâche Jean-Paul.

Quid de l'après? Jean Chocun a "envie d'aller à la pêche" tandis que Jean-Paul redoute que la scène lui manque : "Ce boulot-là nous a aidés à vieillir moins vite que les autres, au moins dans la tête", dit-il. "Tri Yann ne s'arrête pas", estime pour sa part Jean-Louis. "On arrête la scène. C'est pas adieu, c'est kenavo (au revoir en breton)." Le groupe travaille d'ailleurs déjà sur un projet pédagogique sur l'histoire de la Bretagne racontée à travers les chansons. 

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