Antonio "El Bailarin", le "génie" qui a révolutionné la danse espagnole

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Des danseurs du Ballet national d'Espagne répètent un spectacle dédié au légendaire Antonio "El Bailarin", chorégraphe ayant révolutionné la danse espagnole, le 12 octobre 2021 à Madrid
Des danseurs du Ballet national d'Espagne répètent un spectacle dédié au légendaire Antonio "El Bailarin", chorégraphe ayant révolutionné la danse espagnole, le 12 octobre 2021 à Madrid
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© AFP, JAVIER SORIANO

publié le vendredi 15 octobre 2021 à 11h51

"Un génie", "une référence" qui a fait connaître au monde la danse espagnole - et pas seulement le flamenco - et influencé des générations entières d'artistes. Pour les cent ans de sa naissance, le Ballet National d'Espagne rend hommage au mythe Antonio Ruiz Soler, alias "Antonio el Bailarin".

Elle n'a pas de tutu mais une jupe courte à volants et, perchée sur ses pointes, la danseuse enchaîne les sauts tout en faisant claquer, au creux de ses paumes, des castagnettes.

Sur la scène du Théâtre Royal de Madrid, le public est venu jeudi soir admirer ce mélange des genres dans une salle pour la première fois au complet depuis le début de la pandémie, grâce à la fin des restrictions.

"Antonio est l'un des grands d'Espagne et un génie de la danse dans le monde", affirme Ruben Olmo, directeur du Ballet National d'Espagne (BNE). 

"Il a ouvert le monde à la danse espagnole", mélange de flamenco, de boléro, de folklore et de "danse stylisée", dansant devant la reine d'Angleterre ou le roi Farouk d'Egypte, ajoute-t-il.

Né en 1921 à Séville, Antonio Ruiz Soler, plus connu sous son surnom d'"Antonio el Bailarin" (le danseur), est un enfant prodige qui perce dès son plus jeune âge avec sa partenaire Rosario. Surdoué, ce couple artistique, qui durera plus de vingt ans, se produit devant le roi Alphonse XIII en 1929.

Adolescent, il quitte l'Espagne avec sa partenaire durant la Guerre civile (1936-1939) pour une tournée en Amérique latine, avant de rejoindre en 1939 les Etats-Unis où ils conquirent le public américain.

- Hollywood -

Triomphant sur la scène du Carnegie Hall de New York, ils font des apparitions dans des films hollywoodiens comme "La Danseuse des Folies Ziegfeld" (1941), "Sing another chorus" (1941), "Pan-Americana" (1945) ou "Hollywood Canteen" (1944).

Une scène de ce dernier film illustre à merveille la danse espagnole: sur l'extrait en noir et blanc, on voit Antonio et Rosario virevolter, taper des mains et exécuter sauts et figures, la mine expressive, avec un long passage de "zapateo" (tapements du pied).

"C'était un ami de Rudolf Noureev, car il était aussi amoureux de la danse classique (...) il a mis la danse masculine espagnole au premier plan, là où avant l'homme ne faisait qu'accompagner la femme", relève Ruben Olmo.

Danseur du BNE, José Manuel Benitez se dit "fier d'avoir l'opportunité de danser" au Théâtre Royal "une pièce d'El Bailarin", une "référence" dont on lui parlait "tout le temps" au conservatoire.

"Plus que la technique, c'est le spectaculaire, le caractère qui domine. Et c'est bien ça que le public recherche: l'émotion, le charisme", dit-il encore, affirmant qu'"il y a peu de chorégraphes qui n'ont pas pensé à lui au moment de créer".

El Bailarin restera douze ans aux Etats-Unis où il façonnera son style et ses oeuvres. En 1949, il revient à Madrid avec Rosario mais entame vite une carrière en solo. Son art prend alors toute son ampleur.

Dans le film "Flamenco" d'Edgar Neville (1952), il réussit l'exploit de danser sur un "martinete", un chant flamenco encore jamais chorégraphié.

Il joue dans des films britanniques, français, italiens, et se lie avec les actrices Audrey Hepburn ou Ava Gardner, le chanteur Maurice Chevalier ou encore John Kennedy, président américain de 1961 à 1963. En témoignent certaines lettres vendues aux enchères en 2000.

En 1979, après cinquante ans de carrière et une dernière tournée au Japon, Antonio el Bailarin prend sa retraite. Il s'éteindra en 1996.

- Made in Spain -

"Le temps passe, ses oeuvres ne se démodent pas, elles sont intemporelles", juge Miriam Mendoza, membre du BNE.

Pour beaucoup, le chorégraphe a apposé un sceau "Made in Spain": "La danse espagnole, c'est notre culture, notre marque, c'est l'Espagne", continue Miriam Mendoza, qui rappelle que "normalement, à l'étranger, on dit +le flamenco, le flamenco+, mais non, ça n'est pas que le flamenco!"

Sur la scène du Théâtre royal, l'Espagne transpire, entre les "Olé" des musiciens qui marquent le rythme dans leurs mains, les jupes à traîne, les châles à franges, les tissus à pois: pour cet hommage, Ruben Olmo voulait "coller à l'héritage".

La fusion a opéré entre le public et la troupe. "Si longtemps privé de scène", José Manuel Benitez était "à fleur de peau" de retrouver l'"énergie d'une salle pleine".

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