Antisémitisme: le principal prix musical allemand se saborde

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Les rapeurs allemands Kollegah et Farid Bang posant le 12 avril 2018 avec leur prix ECHO, à l'origine d'une polémique aux relents antisémites.
Les rapeurs allemands Kollegah et Farid Bang posant le 12 avril 2018 avec leur prix ECHO, à l'origine d'une polémique aux relents antisémites.
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© AFP, Jens Kalaene, dpa

AFP, publié le mercredi 25 avril 2018 à 22h08

Le principal prix musical annuel en Allemagne a été supprimé mercredi en raison d'un scandale antisémite et plusieurs actions de solidarité avec la communauté juive ont été organisées dans le pays après des incidents récents comme l'agression d'un Israélien portant une kippa.

Illustration de ce climat tendu: un début de manifestation a été dissous à Berlin après que les organisateurs se sont faits traiter de "terroristes" par des passants et qu'un drapeau israélien a été arraché.

Depuis une quinzaine de jours, le prix le plus prestigieux de l'industrie musicale en Allemagne, "ECHO", était empêtré dans une controverse née de la remise d'une récompense à un duo de rappeurs, Kollegah et Farid Bang dans la catégorie de l'album hip-hop le mieux vendu.

En cause: un texte controversé évoquant la Shoah dans lequel l'un des chanteurs évoque son corps "plus dessiné que celui des détenus d'Auschwitz".

Dans une autre chanson, le duo affirme : "je referais bien un Holocauste, rapplique avec un Molotov".

En signe de protestation, de nombreux artistes allemands et étrangers, dont le chef d'orchestre israélo-argentin Daniel Barenboim, ont rendu leurs propres prix.

La Fédération de l'industrie musicale allemande a finalement annoncé mercredi la suppression des "ECHOs" afin qu'ils ne soient pas "une plateforme pour l'antisémitisme, le mépris des femmes, l'homophobie ou la banalisation de la violence".

La maison de disque des rappeurs, BMG, a aussi annoncé dans la foulée qu'elle rompait leur contrat.

- Rassemblements - 

Ces mesures interviennent le jour où plusieurs rassemblements de solidarité avec la communauté juive ont été organisés dans le pays, ou devaient l'être en soirée.

L'initiative a été lancée après l'agression la semaine dernière d'un Israélien portant une kippa par un réfugié syrien de 19 ans dans un quartier branché de Berlin.

Filmé et largement diffusé sur les médias sociaux, l'incident a provoqué un vif émoi dans un pays hanté par son passé nazi. L'agresseur a été écroué.

A Berlin, la manifestation organisée à l'appel de la communauté juive de la ville sous le slogan "Berlin porte la kippa" a rassemblé en début de soirée "plus de 2.000 personnes", selon la police.

Beaucoup de participants portaient la calotte religieuse juive, à l'image de Michael Halfmann, 58 ans. "Ce qui se passe actuellement, c'est de l'ignorance. Les gens n'ont rien appris du fascisme et ça reste aujourd'hui très présent dans la société", a-t-il déploré.

"Nous tous, juifs, chrétiens, musulmans, athées, nous devons nous lever contre cette haine", a estimé de son côté, Gideon Hoffe, président de la Communauté juive de Berlin.

Des rassemblements ont également eu lieu à Potsdam, Erfurt ou Cologne, où 500 personnes se sont rassemblées, selon la police.

A Berlin, un début de rassemblement contre l'antisémitisme dans le quartier de Neukölln, où vit une importante communauté immigrée, musulmane principalement, a été interrompu "au bout de 15 minutes". Trois participants ont essuyé insultes et crachats, selon le Forum juif pour la démocratie et contre l'antisémitisme, organisateur de la manifestation.

- 'Kippa et matraque' -

Les autorités allemandes s'inquiètent d'une résurgence de l'antisémitisme via deux sources: une haine des juifs chez certains des réfugiés arabo-musulmans arrivés récemment dans le pays, qui s'ajoute à une poussée de l'extrême droite négationniste dans le pays.

"Nous sommes confrontés à de l'antisémitisme parmi les Allemands et aussi parmi les gens provenant du monde arabophone", a souligné récemment la chancelière Angela Merkel.

Vendredi, des néonazis s'étaient retrouvés dans l'est de l'Allemagne pour un festival de musique dont le coup d'envoi a été donné le jour de l'anniversaire de la naissance d'Hitler.

Mardi, le président du Conseil central des juifs d'Allemagne, Joseph Schuster, a suscité une controverse en déconseillant, pour des raisons de sécurité, de porter la kippa dans les grandes villes allemandes.

Le chef du parti centriste d'opposition israélien Yesh Atid, Yair Lapid, a au contraire estimé que les juifs d'Allemagne devraient sortir "avec une kippa et une grande matraque à la main et se protéger eux-mêmes".

"On pensait les jours d'angoisse pour les Juifs en Allemagne révolus. Ce n'est manifestement pas le cas", a-t-il dit mercredi à l'agence de presse allemande DPA à Berlin.

"Les juifs ne doivent plus jamais avoir peur quand ils montrent qu'ils sont juifs en Allemagne", a déclaré la ministre de la Justice Katarina Barley.

Les controverses en Allemagne font écho à un débat similaire actuellement en cours en France sur la montée de l'antisémitisme.

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