A presque 100 ans, Pierre Soulages en pleine lumière au Louvre

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Exposition Soulages au Musée du Louvre le 6 décembre 2019
Exposition Soulages au Musée du Louvre le 6 décembre 2019
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© AFP, FRANCOIS GUILLOT

, publié le dimanche 08 décembre 2019 à 07h55

C'est une exposition qui s'apprécie différemment selon la clarté du jour et la présence du soleil. Exploration de la lumière à travers une couleur, le noir, l'oeuvre de Pierre Soulages est célébrée à partir de mercredi au Louvre, à l'aube de ses 100 ans.

Jusqu'ici, seuls Picasso et Chagall avaient eu ce privilège, pour leurs 90 ans. Si peu d'artistes ont eu les honneurs de l'institution de leur vivant, ils sont encore moins nombreux à avoir une carrière étalée sur huit décennies et une obsession déclinée à l'infini.

Plutôt qu'une grande rétrospective rassemblant une centaine d'oeuvres comme au Centre Pompidou il y a dix ans, le Louvre s'est concentré sur une vingtaine de peintures du maître, considéré comme le plus grand artiste français vivant.

Un choix resserré pour cet hommage jusqu'au 9 mars 2020, avec des prêts du monde entier (Tate à Londres, Guggenheim à New York, musée Soulages à Rodez...), signe de sa reconnaissance de part et d'autre de l'Atlantique. 

L'idée est de voir comment l'oeuvre de ce peintre, très tôt attiré par le noir, "se développe et se transforme", souligne Alfred Pacquement, commissaire de l'exposition avec Pierre Encrevé, grand spécialiste du peintre décédé en début d'année.

- Créateur de contraste -

Du brou de noix de ses débuts dans les années 40 au goudron, matériau d'ordinaire peu prisé des artistes, à l'huile puis la peinture acrylique qu'il utilise exclusivement depuis 2004, les oeuvres sont présentées chronologiquement, comme pour mieux témoigner de l'évolution du peintre, porté vers plus de radicalité.

Sans surprise, une grande part de l'exposition est consacrée à l'outrenoir, cet univers imaginé par Soulages en 1979 lorsqu'il a pris le virage du noir complet, misant sur le contraste, entre lisse et stries, mat et brillant et bien sûr, noir et lumière.

"Ce sont des différences de textures, lisses, fibreuses, calmes, tendues ou agitées qui, captant ou refusant la lumière, font naître les noirs gris ou les noirs profonds. Le reflet est pris en compte et devient partie intégrante de l'oeuvre", explique Soulages dans une notice.

Le visiteur est ainsi invité à graviter autour des oeuvres, pour en saisir les nuances, voir surgir des gris ou se fondre dans la matière.

"Aujourd'hui est une journée très grise mais il y avait du soleil pendant les jours d'installation. On voyait les oeuvres très différemment et on les verra différemment", décrivait pendant la visite de presse M. Pacquement.

A 99 ans, Soulages n'en a pas fini d'explorer ce territoire qu'il a créé. Pour preuve, ces deux tableaux verticaux de 3,90 mètres, réalisés cet automne, mettant en évidence son incroyable longévité.

- laisser la place au ressenti -

S'il s'est beaucoup expliqué sur l'outrenoir, Soulages n'est pas homme à théoriser son oeuvre et se contente de nommer ses tableaux par leur dimension et leur date d'exécution (ex: peinture, 326x18cm, 14 mars 2009). Comme pour mieux laisser la place au ressenti.

Le Louvre lui a offert un écrin, en l'occurrence, le Salon Carré, à quelques pas de "La Victoire de Samothrace" éclairée par une verrière qui fait entrer la lumière.

"Le Salon Carré est un endroit où se trouve habituellement la peinture italienne d'avant la Renaissance et notamment +La Maestà+ de Cimabue, immense tableau dans tous les sens du terme. On décroche tout cela, ces tableaux les plus prestigieux" pour mettre les miens, s'émerveillait récemment Soulages dans une interview au Monde.

Installé depuis des années à Sète, avec sa femme Colette, le peintre a fait le déplacement à Paris pour veiller à l'accrochage des oeuvres et va revenir pour l'inauguration. "Il le vit comme un moment important dans la diffusion de son oeuvre", confirme, ému, M. Pacquement qui le côtoie depuis de nombreuses années. 

Le Centre Pompidou, qui avait consacré une exposition à Soulages dès 1967, va pour sa part exposer à partir de mercredi une sélection de 14 des 25 oeuvres de l'artiste conservées dans sa collection, dont sept encore jamais montrées dans ses murs.

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