A Doha, la nouvelle Bibliothèque nationale veut briser l'embargo grâce aux livres

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Des Qataris travaillent dans la Bibliothèque nationale du Qatar, à Doha, le 19 mai 2019
Des Qataris travaillent dans la Bibliothèque nationale du Qatar, à Doha, le 19 mai 2019
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© AFP, KARIM JAAFAR

AFP, publié le lundi 24 juin 2019 à 11h06

La Bibliothèque nationale du Qatar, qui renferme la plus grande collection de livres du Golfe, fête à peine sa première année et espère briser l'isolement culturel du pays, en offrant un écrin de lecture idéal aux Qataris.

Assis sur des poufs, au pied de larges colonnes soutenant le toit de l'immense structure de 45.000 m2, des dizaines d'enfants sont plongés dans des livres, la mine concentrée.

Conçue à Doha par le Néerlandais Rem Koolhaas, la nouvelle bibliothèque impressionne par son architecture, qui rappelle celle d'un aéroport ultra-moderne, et pour sa collection: plus d'un million de livres, en plusieurs langues, et 500.000 éditions numériques sont à la disposition des lecteurs.

Les enfants en ont tout de suite profité: tous les livres de la section jeunesse a été emprunté au moins une fois au cours des six premiers mois de la vie de la bibliothèque, affirme Stuart Hamilton, directeur adjoint de l'établissement.

"Contrairement à d'autres, nous avons une fonction de bibliothèque publique qui va de pair avec celles de bibliothèque nationale et de bibliothèque de recherche", souligne-t-il.

"Tous les livres que vous voyez ici peuvent être empruntés par les lecteurs", affirme-t-il.

Avec son auditorium de 120 places, son café et une zone qui accueille des événements et expositions, la bibliothèque, inondée de lumière naturelle, est aussi un lieu de rencontre.

Elle est présentée comme la plus grande collection de livres dans la région, où Doha est isolée depuis l'éclatement d'une crise en juin 2017 entre le Qatar et l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l'Egypte, qui l'accusent de soutenir des mouvements islamistes radicaux et de se rapprocher de l'Iran.

Doha, qui dément avec véhémence, est depuis soumis à un embargo de la part de ces quatre pays.

"Nous sommes dans une situation politique intrigante, mais cela nous rend plus désireux d'améliorer notre profil et d'établir des liens avec d'autres pays", a souligné M. Hamilton.

Pour faire face à l'embargo, la bibliothèque a noué des liens avec des établissements similaires à l'étranger, hors de la région du Golfe, raconte M. Hamilton, disant "accélérer les contacts."

L'institution a déjà organisé plus d'un millier d'événements publics, mettant en avant des auteurs et chercheurs venus d'Europe et d'Amérique du Nord.

- "Rien à cacher" -

Inaugurée le 16 avril 2018, la bibliothèque illustre la volonté du Qatar de réduire sa dépendance aux hydrocarbures, et de passer à une économie fondée sur la connaissance.

C'est aussi un nouveau lieu culturel pour le pays, qui accueille en 2022 la Coupe du Monde de football.

Située dans la "ville de l'éducation", un espace à Doha consacré à la recherche et à l'éducation, la bibliothèque emploie plus de 39 nationalités, compte 144.000 abonnés et a prêté plus d'un million de livres. 

Au total, le coût de construction de l'ensemble de ce projet éducatif -dont la bibliothèque- a été estimé à 300 millions de dollars, soit 263,8 millions d'euros.

Les lecteurs profitent ainsi d'une salle de lecture à toit ouvrable avec un sol en marbre. Ils peuvent aussi admirer une collection d'objets qataris et de la région. 

Mais les livres posés sur les étagères ne sont à leur disposition que si les ouvrages se conforment à un ensemble de règles, explique M. Hamilton.

"Ceux que nous n'avons pas dans la collection sont ceux qui ne répondent pas aux normes, nous n'achetons pas tout", dit-il, se défendant cependant de censure dans un pays soumis à une surveillance accrue du respect des droits humains, en amont du Mondial-2022.

"Toute bibliothèque, et je cite en exemple la Bibliothèque publique de New York, doit refléter les besoins et les intérêts de ses utilisateurs", assure-t-il.

Ainsi, des travaux critiques de la politique du pays et des livres sur la communauté LGBT sont disponibles bien que l'homosexualité y est interdite au Qatar, peut-on remarquer sur leur catalogue en ligne.

"Nous n'avons rien à cacher", promet M. Hamilton.

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