A Cannes, une libraire "en résistance" garde sa boutique ouverte

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La libraire Florence Kammermann dans sa boutique à Cannes, le 13 novembre 2020
La libraire Florence Kammermann dans sa boutique à Cannes, le 13 novembre 2020
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© AFP, Valery HACHE

, publié le vendredi 13 novembre 2020 à 17h46

"C'est un acte résistant et une nécessité": malgré les règles du reconfinement l'interdisant, Florence Kammermann, 52 ans, libraire à Cannes, garde son magasin ouvert, récoltant de nombreux soutiens, notamment d'écrivains connus... mais aussi des visites de la police vendredi.

"Nous résistons, Monsieur", a-t-elle indiqué à un policier venu constater que sa boutique, "Autour du livre", était ouverte. Un peu plus tard dans l'après-midi, un autre membre des forces de l'ordre est venu lui annoncer qu'elle serait verbalisée.

Le maire LR de Cannes David Lisnard a aussi rendu visite à la librairie, mais pour acheter un livre en signe de soutien.

"Le fait de désobéir est un acte militant pour le livre, la liberté d'expression, notre culture, mais aussi une nécessité. On ne pouvait pas se permettre un deuxième confinement, ça aurait été la liquidation avant la fin de l'année", explique la libraire à l'AFP.

Dans le passé, elle a été reporter au Proche-Orient puis agent immobilier, avant de se consacrer à l'écriture et d'investir ses économies pour ouvrir sa propre librairie en 2017, la seule indépendante à Cannes.

Elle ajoute: "Il faut faire les choses à fond. Mes armes, ce sont les livres. Si nous, nous n'ouvrions pas, c'était le suicide de ma librairie". En quinze jours, elle a écoulé de nombreux coffrets de Noël. "Les gestes barrières et la distanciation sont strictement respectés, je n'aurais jamais fait ça si ça mettait en danger les gens", assure-t-elle.

Il ne se passe plus un jour sans qu'elle reçoive des soutiens. Des écrivains l'appellent, "Alexandre Jardin, Didier van Cauwelaert, Jean-Baptiste André, Sébastien Spitzer", mais aussi "l'ancienne ministre de la Culture et éditrice Françoise Nyssen", et elle échange au téléphone avec son confrère parisien Yannick Poirier de la librairie Tschann de Montparnasse, ouvert lui aussi et déjà verbalisé deux fois.

La librairie de Mme Kammermann avait déménagé dans des locaux de 180 m2 en juillet 2019, multipliant les événements littéraires, soirées-débats et séances de dédicaces sur un rythme soutenu, avant que tout ne s'arrête en mars.

La vente à distance a alors permis de payer un quart du loyer: "L'embellie de cet été nous a simplement et heureusement permis d'honorer nos dettes, mais en aucun cas de préserver une trésorerie de secours", décrit-t-elle dans une lettre ouverte au ministre délégué aux Petites et moyennes entreprises, Alain Griset, dénonçant des "ordres illogiques". 

Dans un tweet à la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, le maire de Cannes a appelé à "sortir de cette situation injuste et ubuesque": "La police nationale contre une librairie, ce n'est pas possible".

Au Mans, Samuel Chauveau, gérant de la librairie de BD "Bulle", avait décidé de désobéir en ouvrant au premier jour du confinement, le 30 octobre, mais il a fermé dès le lendemain passant au système du "click and collect".

"On est 12 personnes, seul j'aurais peut-être continué le combat, mais je ne pouvais mettre en danger les collaborateurs", a-t-il expliqué à l'AFP. 

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