A Bagdad, la "révolution" s'étale sur les murs, et en couleurs

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Un manifestant irakien pose devant une fresque murale à Bagdad, le 2 novembre 2019
Un manifestant irakien pose devant une fresque murale à Bagdad, le 2 novembre 2019
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© AFP, AHMAD AL-RUBAYE

, publié le vendredi 08 novembre 2019 à 11h35

Sur les murs, ils dessinent en couleurs l'Irak qu'ils espèrent construire sur la place Tahrir : à Bagdad, la fresque de la "révolution" fait la part belle aux jeunes et aux femmes, en première ligne des manifestations dans un pays pourtant très conservateur.

Fatma Hossam, 20 ans, n'a pas vraiment le temps de s'attarder à discuter. D'une main de maître --couverte d'un gant en plastique coloré de coups de pinceaux-- elle dirige son équipe de peintres pour le dessin du jour.

Il y a peu, elle a réalisé avec d'autres une version irakienne de "Rosie la riveteuse" et son slogan "We Can Do It !", emblèmes de générations de luttes féministes. Ils ont ajouté une bulle de BD dans laquelle "Rosie l'Irakienne" dit en arabe : "Elles sont comme ça nos femmes !".

A la sortie du tunnel souterrain qui mène à la place Tahrir, Fatma Hossam travaille maintenant au portrait d'une autre femme qui, elle, brandit une pancarte avec le slogan phare des Irakiens : "je veux mon pays".

"On a plein d'artistes dans ce pays mais aucun endroit pour qu'ils puissent exprimer leur art, alors on a décidé d'utiliser Tahrir pour faire une révolution de l'art en plus d'une révolution pour le pays", explique à l'AFP la jeune étudiante au voile blanc parsemé de fleurs roses.

- "Ramener des couleurs" -

Un peu plus loin, son grand frère veille, pas peu fier. Car en Irak, où le taux d'emploi des femmes est l'un des plus bas au monde et où les traditions tribales et le conservatisme religieux règnent, Fatma et d'autres ont brisé plusieurs tabous et barrières.

"On est la génération du changement", tranche Mohammed Abdelwahab, artiste de 23 ans, occupé comme des dizaines d'autres à peindre sur un pan du tunnel qui mène à Tahrir, désormais couvert de fresques sur des dizaines de mètres. "Du changement vers le meilleur", assure-t-il encore à l'AFP en poursuivant son minutieux ouvrage. 

Sur un fond noir, il s'attelle à dessiner en blanc la carte de l'Irak avec des lettres qui, mises bout à bout, forment les slogans repris à l'étage au-dessus, sur la place Tahrir.

A côté, un autre peintre dessine le mot "LOVE" avec des mains ensanglantées, celles, explique-t-il à l'AFP, des "martyrs" tombés par dizaines depuis le 1er octobre en Irak dans des manifestations et des violences.

Alors que les autorités ne cessent d'accuser des "saboteurs" et autres "infiltrés" dans les manifestations de vouloir nuire au pays, Mohammed Abdelwahab insiste : "on n'est pas là pour détruire ou attaquer l'Etat".

"On veut ramener de la joie et des couleurs" dans un pays qui n'a connu depuis près de 40 ans que guerres, embargo, attentats jihadistes et autres violences confessionnelles entre milices.

- "Notre pays en a besoin" -

Objectif atteint, assure Mohammed Abbas, 38 ans, qui chaque matin depuis 16 ans emprunte ce tunnel pour se rendre au travail. 

"En 16 ans, je n'ai jamais vu cet endroit aussi beau", se félicite l'homme au physique imposant, "et notre pays a vraiment besoin de ça". "D'habitude, les murs sont sales et noircis" par la pollution dans la capitale tentaculaire de dix millions d'habitants engorgée toute la journée par les embouteillages, affirme-t-il à l'AFP. 

"Les jeunes ont réussi à réaliser ce que l'Etat n'a jamais fait en dépensant pourtant des milliards pour Bagdad", poursuit l'homme en route pour les rassemblements qui dénoncent depuis plus d'un mois maintenant la corruption et le népotisme présent dans toutes les administrations du pays.

Ibrahim, 39 ans, a lui aussi décidé de faire un crochet par le tunnel qui, chaque après-midi, se transforme en festival. 

Des musiciens viennent se produire, à la clarinette ou au luth, des graveurs sur bois écoulent des porte-clés et autres statuettes à la gloire des touk-touk, ces petits véhicules à trois roues venus des quartiers populaires et dont les conducteurs sont devenus les héros de la "révolution" en transportant les blessés à travers la ville.

"Avec peu de moyens, ces artistes envoient un message pacifique au monde entier", s'enthousiasme Ibrahim.

En fait, dit-il à l'AFP, "on dit au monde que le peuple irakien est bien vivant". 

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