A Avignon, Julien Gosselin fait du théâtre sur grand écran

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Julien Gosselin photographié le 10 juin 2013 à Lille
Julien Gosselin photographié le 10 juin 2013 à Lille
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© AFP, Philippe HUGUEN

AFP, publié le mardi 10 juillet 2018 à 11h46

10 heures: c'est la durée de la pièce-marathon du metteur en scène français Julien Gosselin au Festival d'Avignon qui s'est déroulée presque entièrement sur grand écran, divisant la critique.

"Joueurs, Mao II, les noms" est une adaptation de trois romans de l'écrivain contemporain américain Don DeLillo, qui racontent chacun une histoire du terrorisme, de New York au Moyen-Orient.

La pièce est sans entracte mais les spectateurs ont pu s'échapper de temps à autre du théâtre de la FabricA pour se délasser et boire un verre.

"Quand j'ai vu la première du spectacle, vers une heure de la fin, je me suit dit c'est beaucoup trop long. Mais quand on est arrivé à la fin, je me suis dit c'est ça ce qu'il nous faut", a affirmé M. Gosselin lors d'une conférence de presse à Avignon. 

Prévu initialement pour durer huit heures, le spectacle est filmé en direct sur scène mais le plateau où évoluent les acteurs est caché la plupart du temps derrière un grand écran où le public suit l'action. 

"Ce que je fais là, ce n'est pas du cinéma", s'est défendu le metteur en scène.

"Ca m'ennuie quand on dit que c'est du théâtre filmé car c'est réducteur. C'est un geste cinématographique", assure le metteur en scène, salué pour ses adaptations au Festival d'Avignon des "Particules élémentaires" de Michel Houellebecq (quatre heures) et de "2666" du Chilien Roberto Bolaño (11 heures).

- "Pur présent"?

"Le rapport au présent est absolu. On peut filmer comme dans le cinéma mais c'est du pur présent et je pense que le spectateur le sent dans la salle", explique M. Gosselin.

Pour lui, "Don DeLillo n'est pas un auteur de théâtre mais un auteur de cinéma et j'ai suivi ça comme un aveugle".

Les acteurs de sa compagnie ont relevé le défi du flot de dialogues souvent décousus, à travers trois histoires: un homme qui s'ennuie dans son couple et bascule dans le radicalisme, un écrivain en manque d'inspiration qui devient l'otage consentant d'un groupe extrémiste à Beyrouth et une secte qui tue ses victimes en se basant sur leurs initiales.

"Cela parle d'obsessions qui sont les nôtres, la violence, le terrorisme", affirme M. Gosselin.

Le quotidien "Libération" s'est félicité de la "singularité de la place occupée par Julien Gosselin dans le paysage théâtral français". Il a qualifié le spectacle d'une des "aventures théâtrales les plus marquantes" du festival malgré ses "parties inégales".

Tout en saluant le jeu "époustouflant" des acteurs, "Le Figaro" a regretté que le public reste "pratiquement tout le temps face à un film" et le fait qu'en ce qui concerne les histoires de terrorisme, "on n'en saisit pas les enjeux".

"Le spectacle demeure du côté du passé et n'éclaire pas le pur présent", ajoute le journal.

M. Gosselin affirme avoir voulu confronter les acteurs à la caméra, dont l'usage est très à la mode au théâtre.

"Pour les acteurs, c'est une sensation délirante. Généralement, quand on commence un spectacle on sent la salle et là ça ne se passe pas, c'est bouleversant", dit-il.

"J'avais envie de mettre les acteurs dans cet état de rapport plus intime", assure le metteur en scène. 

Certains spectacteurs ont affirmé sur Twitter être sorti "éprouvés" en raison de l'"incapacité à suivre, à comprendre le propos" de la pièce, d'autres ont parlé d'"expérience inouïe".

Julien Gosselin a annoncé qu'il allait adapter en 2019 un autre roman de Don DeLillo: "L'homme qui tombe" qui traite du 11-septembre.

Dans un théâtre français où prime le texte classique, Gosselin avait défendu récemment la place de la littérature moderne.

"J'ai d'autres choses à faire que faire dialoguer artificiellement une oeuvre classique avec notre présent, alors qu'il y a des oeuvres contemporaines géniales qui s'attaquent frontalement à ces questions".

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