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Vélo : faut-il rendre obligatoire le casque ?




Vélo : faut-il rendre obligatoire le casque ?©BERTRAND GUAY / AFP

publié le vendredi 14 janvier 2022 à 07h00

Un texte proposant le port obligatoire du casque à vélo a été mis en échec jeudi au Sénat, alors que la pratique du vélo est en forte croissance depuis la pandémie.
Faut-il rentre le casque obligatoire à vélo ? S'il l'est déjà pour les enfants de moins de 12 ans et pour les utilisateurs de trottinettes hors agglomération, une proposition de loi discutée ce jeudi 13 janvier au Sénat a relancé le débat. Le texte visait à rendre le casque obligatoire pour tous les conducteurs de deux-roues, motorisés ou non, une proposition à laquelle sont opposés la plupart des représentants du secteur qui la jugent contre-productive. 

Alors que la pratique du vélo explose et que seul un tiers des cyclistes porte un casque pour le moment, selon l'Observatoire de la Sécurité routière, un groupe de sénateurs centristes menés par François Bonneau souhaitait rendre le casque obligatoire pour "tout conducteur d'un véhicule à une ou plusieurs roues, qu'il soit à moteur ou à assistance électrique, ainsi qu'à tout conducteur de cycle", sous peine d'une amende de 135 euros.

"Près de deux tiers des cyclistes mortellement accidentés avaient 55 ans et plus en 2019" et "le traumatisme crânien est la cause principale de décès chez les cyclistes", soulignait le sénateur dans sa proposition.



"Il semble que ce soit une fausse bonne idée", a réagi Françoise Rossignol présidente du Club des villes et territoires cyclables, lors d'une conférence de presse. "La sécurité est liée à la vitesse des autres véhicules, à la visibilité (des vélos), et à un nombre d'aménagements indispensables pour la sécurité sur le parcours", a-t-elle expliqué, estimant par ailleurs que "pour qu'il y ait plus de vélos, il ne faut pas mettre de frein à la pratique".

Un avis largement partagé par les associations d'utilisateurs, à l'instar de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) qui indique sur son site être "résolument opposée" à toute loi qui interdirait de circuler à vélo sans casque. "Les études étrangères qui se sont intéressées aux modifications de comportements suite à l'obligation du port du casque concluent toutes à une diminution du nombre de cyclistes", souligne la FUB, citant les exemples du Canada, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. "En revanche, le nombre de blessés ne diminue pas autant que l'on s'y attendait", poursuit l'association. 

La proposition de loi a été mise en échec jeudi. Le texte, qui n'avait pas été adopté en commission, était examiné en première lecture dans l'hémicycle dans le cadre d'un espace réservé au groupe centriste. L'auteur de la proposition de loi, François Bonneau, l'a retirée à l'issue de la discussion générale et elle n'a donc pas été soumise au vote du Sénat.

À l'instar du rapporteur PS Jérôme Durain, la plupart des orateurs ont salué "un louable objectif". Mais le rapporteur a souligné que la mesure était "de nature réglementaire" et non du domaine de la loi. "Il faut encourager fortement le port du casque et trouver le bon équilibre entre volontarisme et prudence, sans risquer de décourager la pratique", a-t-il déclaré.

La commission a toutefois invité le gouvernement à envisager de rendre obligatoire le port du casque au moins pour les trottinettes électriques, hoverboards et gyropodes. "Le danger de circuler à bord de ces engins est avéré, et les utilisateurs semblent y être favorables", souligne Jérôme Durain. Par ailleurs, la possibilité d'immobiliser ou de mettre en fourrière un vélo ou une trottinette en cas de non port du casque a été jugée "disproportionnée", "complexe et coûteuse" par la commission.

"Le gouvernement privilégie l'incitation à l'obligation", a affirmé de son côté Marlène Schiappa, ministre chargée de la Citoyenneté. "Ne risquons pas de provoquer un rejet en adoptant une législation contraignante", a-t-elle ajouté, soulignant que le port du casque "est en constante augmentation". Dans les grandes agglomérations, "27% des cyclistes" le portent en semaine, "37% le week-end", a-t-elle assuré.

L'écologiste Jacques Fernique a pointé dans ce texte "une fausse bonne idée". "Les vrais leviers de sécurité concernent l'adaptation de la voirie, la limitation de la vitesse, l'apprentissage du savoir-rouler et le travail sur les angles morts - au-delà d'un simple autocollant !", a-t-il ajouté.

La question du port du casque obligatoire n'est pas nouvelle : proposée plusieurs fois aux parlementaires, elle avait été rejetée par l'Assemblée nationale en 2019, au terme de vifs débats et avec une majorité LREM divisée. "Les Français en ont marre qu'on leur impose des obligations", avait lancé Élisabeth Borne, alors ministre des Transports. "On recommande le port du casque et chacun prend ses responsabilités", avait-elle ajouté. "Arrêtons d'emmerder les Français", l'avait appuyé Bruno Millienne, corapporteur MoDem, estimant qu'avec un casque on pouvait se sentir faussement "plus en sécurité".
 

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